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Excess 12 : Le plaisir de naviguer retrouvé !

Annoncée il y a un peu plus d’un an, la nouvelle marque de catamarans Excess vient de présenter ses deux premiers modèles, le 12 et le 15. C’est le premier que nous vous dévoilons ici. Un nouveau concept plus axé sur les performances et le plaisir de naviguer, le tout sans renier le confort : l’Excess 12 tient-il ses promesses ?

Les deux premiers Excess ont été présentés pour la première fois au public au Cannes Yachting Festival ; c’est peu dire que ces deux catamarans étaient très attendus ! Le simple fait que Bénéteau, leader mondial de la plaisance, lance une nouvelle marque de multicoques est un événement en soi. Reste à comprendre ce choix : Lagoon occupe pratiquement la moitié du marché, alors pourquoi tenter ce pari ? Précisément parce que Lagoon peut difficilement faire mieux, à en croire les experts du marketing…, d’où l’idée de proposer des catamarans plus orientés performances sous une autre marque, destinée à séduire un public directement issu du monocoque et/ou plus jeune, adepte de sports nautiques variés. Précisons-le d’emblée : c’est bien l’équipe Lagoon qui est aux manettes du projet. Et, nous le verrons plus loin, de nombreux éléments de l’Excess 12 ont été empruntés au Lagoon 40. En revanche, le réseau de distribution est différent.

Nacelle plus courte et deux postes de barre

Amarrés côte à côte à Cannes, l’Excess 12 et le Lagoon 40 affichent deux nettes différences : le nouveau modèle adopte une nacelle plus courte et présente deux postes de barre – un sur chaque coque. Pour le reste, les Excess sont restés fidèles au gréement reculé et au foc autovireur. De nombreux éléments sont communs aux deux modèles, à commencer par le moule de fond de nacelle et des carènes, et – pour partie – celui du pont. Les deux autres moules, ceux des bordés extérieurs des coques, sont nouveaux. Ils présentent une nervure marquée et une tonture de pont plus prononcée. Le design du rouf est lui aussi inédit. Comparé au Lagoon 40, l’Excess est un peu plus léger et plus toilé – en version Pulse Line. Nous disposons à Port Adriano, au sud-ouest de Majorque, du même modèle que celui qui était présenté à Cannes. Soit un Excess 12 full options – climatisation, générateur, winches électriques, spi asy, gennaker, etc. Les moteurs sont ici des 45 CV – contre 29 CV en standard.

Boosté par le gréement Pulse Line

Ces deux blocs moteurs plus puissants sont plutôt silencieux, et facilitent encore les manœuvres de port : les rotations en inversant les gaz sont encore plus franches. En vitesse de croisière, on atteint sans forcer les 7/8 nœuds. Les commandes électriques sont ramenées sur chaque poste de barre – tout serait parfait si le système pour prendre la main d’un poste à l’autre était plus intuitif, et donc plus rapide. Avec la batterie de winches électriques dont nous disposons, l’envoi de la grand-voile est une formalité. Les manœuvres sont réparties sur trois zones : cockpit tribord, cockpit bâbord, et poutre arrière pour les deux palans d’écoute de la grand-voile. Un réseau de goulottes mène les drisses et autres bouts du pied de mât aux bloqueurs du cockpit. Le tout fonctionne parfaitement, mais les deux parties rigides du bimini masquent le plan de voilure ; on doit se déplacer encore à l’extérieur pour voir ce que l’on fait. Au près, il est difficile d’espérer mieux que 55 à 60° du vent si ce dernier est inférieur à 10 nœuds. Verdict du GPS : 5 nœuds à 50° du vent, mais déjà 6 à 60°. L’Excess 12 préfère un vent un peu plus fort pour un louvoyage plus pointu. A partir de 15 nœuds de vent, il pointe à 55° et stabilise sa vitesse à 7 nœuds. A condition que la mer ne soit pas trop agitée : l’aisance de l’Excess 15 (essai complet dans un tout prochain numéro) tout proche de nous démontre que la longueur, et c’est encore plus vrai sous charge, est décidément LE facteur de performance n1 ! A noter : la plupart des équipements lourds – réservoirs, batteries – de l’Excess sont bien centrés. Virer de bord est une simple formalité : l’Excess 12 pivote franchement sur l’autre bord, sans qu’on touche aux écoutes. L’envoi du gennaker équivaut à déclencher le turbo : les 8 nœuds sont vite dépassés. Avec le grand spi asymétrique, à la faveur d’un effet de cap, on taquine les 9 nœuds. Là, on goûte à une vraie sensation de glisse. L’examen des polaires permet d’établir que le gréement Pulse Line, avec ses 5 % de surface de voilure en plus, offre un gain moyen de 0,3 nœud dans pratiquement toutes les conditions. C’est toujours ça de pris, mais ce gap reste inférieur à celui de nos hélices repliables vs les hélices fixes d’origine. A bon lecteur…

Un bimini ouvrant pour le cockpit !

Le barreur, généralement installé au vent, se régale : la barre est précise, et la vue sur le plan de voilure et le plan d’eau n’est que partiellement masquée par le rouf. Un mini bimini assure une protection contre les rayons du soleil les plus verticaux – et la pluie si le vent n’est pas trop fort. Un système de sièges rabattables a été mis en place. Assis, on y est bien installé – et même à deux, puisque les assises font 1,50 m –, d’autant que des cale-pieds sont prévus. Les charnières sont un peu agressives, présentent du jeu, et les dossiers se rabattent tout seuls au largue – des points à améliorer. Le point fort du cockpit, outre sa très grande surface, est son bimini ouvrant : une grande toile fait office de capote. La facilité de mise en place est perfectible, mais le plaisir de naviguer « décapoté » quand les conditions le permettent est indéniable. Une (excellente) idée piquée à la gamme monocoque Sense. L’accès à la bôme reste possible par les côtés du bimini, sans jouer les acrobates. En option, le constructeur propose un jeu de toiles pour abriter complètement le cockpit ; idem pour les postes de barre. La table extérieure mesure 160 cm par 55 cm. La banquette arrière, quant à elle, fait 175 cm. Le rouf présente sur l’extérieur une saignée, laquelle fait office de main courante. La circulation vers les grands trampolines est donc parfaitement sécurisée – d’autant que la largeur des passavants excède toujours 65 cm.

Des aménagements gais et fonctionnels

L’entrée de la nacelle, à l’instar des Lagoon, ne cède pas à la tendance Open : le vitrage vers l’arrière, d’accord, mais l’entrée de plain-pied reste classique avec 62 cm de largeur en bas et 140 cm en haut. La hauteur sous barrot est généreuse, avec ses 2,10 m. Bien que moins profonde que celle du Lagoon 40, la nacelle conserve un beau volume avec une table de carré de 116 cm par 74 cm et un coin navigation travers à la marche – le plateau mesure 84 cm par 58 cm. La cuisine en L est très complète et bien pourvue en rangements. On peut opter pour un réfrigérateur ou un congélateur supplémentaire, et même un écran multifonction que disparaît dans son meuble. La coque bâbord de notre modèle d’essai est dédiée au propriétaire – grand couchage facilement accessible, bureau, rangements, salle de bains. La coque tribord accueille deux cabines. Toutes sont bien aérées par trois panneaux ouvrants à l’arrière et deux à l’avant. L’Excess de décline en quatre cabines et deux salles de bains ou quatre pièces d’eau – cette dernière version conviendra parfaitement au charter, mais sacrifie quelque peu la largeur des couchages avant. A l’intérieur, la lumière abondante, les tissus de couleurs gaies et les boiseries claires sont plaisants : on se sent bien à bord. Plusieurs ambiances sont proposées – Work hard play hard, Less is more et Fast and curious. Un clin d’œil à une clientèle moderne et connectée…

Conclusion

L’Excess 12 offre incontestablement plus de plaisir sous voile qu’un Lagoon 40. Barrer et sentir le vent, l’œil sur les penons, on apprécie ! Ce catamaran est également plus élégant sur l’eau avec sa nacelle raccourcie et son franc-bord plus mesuré à l’avant. Pour autant, les performances, même avec le gréement Punch Line, n’affichent pas un bonus spectaculaire. Rappelons ici que notre modèle d’essai était notablement alourdi par ses nombreuses options. Evoquons le prix : il peut paraître à la première lecture plus élevé que celui du Lagoon 40… mais l’Excess intègre de série de nombreux équipements quasi indispensables – GV à corne, bossoirs, 220 V, chargeur de batteries, etc. – pour naviguer qui restent en option sur le 40. Bravo pour l’esprit des aménagements : plus simples, mais tout aussi confortables. Gageons que l’esprit Excess prendra toute sa mesure avec les prochains modèles – le 11 sera présenté à Düsseldorf.

Descriptif technique :

Constructeur : Excess Catamarans

Architecte : VPLP

Design extérieur : Patrick Le Quément

Design intérieur : Nauta Design

Longueur hors-tout : 11,73 m

Longueur de coque : 11,46 m

Largeur : 6,73 m

Tirant d’eau : 1,35 m

Tirant d’air standard : 18,27 m

Déplacement : 10,3 t

Surface de voile : 82/87 m2

Grand-voile : 50/52 m2

Foc autovireur : 32/35 m2

Code 0 : 67/75 m2

Motorisation : 2 x 29 CV ou 2 x 45 CV

Carburant : 2 x 200 l

Eau : 300 l

Prix HT : 311 000 €

 

Principales options HT :

Version Pulse Line : 17 950 €

Plus-value pour winch électrique 40.2 arrière tribord à la place du standard : 2 950 €

Accastillage de Code 0 avec tangon et emmagasineur : 5 282 €

Code 0 mylar plan de voilure standard : 7 400 €

Code 0 mylar Pulse Line : 8 096 €

Pack électronique Raymarine : 3 500 €

Toit ouvrant en toile : 5 554 €

2e siège poste de barre bâbord : 2 850 €

Fond de cockpit arrière + jupes en teck synthétique 6 272 €

Plus-value pour grande table en teck : 820 €

Balcon avant et siège composite avec filières avant : 1 041 €

Réfrigérateur 40 l 12 V dans le cockpit : 1 294 €

Passerelle carbone 2,60 m repliable avec housse + 2 lyres : 2 750 €

Motorisation 2 x 45 CV : 4 943 €

Commandes moteurs électriques aux postes de barre : 9 280 €

Hélices tripales repliables : 2 420 €

Générateur Panda 9 kVA 230 V/50 Hz + cocon : 20 294 €

Batteries AGM à la place des batteries acide standards : 697 €

Convertisseur 12/230 V – 2 kVA : 2 850 €

Panneaux solaires sur bossoirs (4 X 120 W) : 8 160 €

Pack annexe CL290 avec moteur Yamaha 10 CV : 7 750 €

Prix du modèle essayé :493 543 € HT

 


Les +

Plaisir de barre

Cockpit découvrable

Foc autovireur

Les –

Manque de visibilité sur le plan de voilure depuis les zones de manœuvres

Sièges de barre rabattables perfectibles

Pas facile de prendre la main sur les commandes moteurs d’un poste à l’autre

 

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