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Bien choisir son multicoque : Tout savoir avant de vous lancer

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Ça y est, vous êtes décidé, vous passez au multicoque. Vous naviguez depuis longtemps sur un monocoque et en avez marre de traîner de la fonte ou du plomb sous la flottaison. Renverser votre whisky dans le cockpit, ça suffit. C’est votre premier bateau et votre famille n’apprécie pas la gîte, ou tout simplement vous naviguez déjà sur plusieurs pattes et avez envie de changer. Quelles que soient vos motivations, vous avez toutes les chances de trouver multicoque à votre pied… pourvu que vous sachiez quelle taille vous chaussez. Il existe plus de 70 chantiers pour les catamarans et une bonne trentaine pour les trimarans. En tout, ce sont plus de 1 300 modèles qui sont au catalogue des marques. Et comme le multicoque a le vent en poupe, cette tendance s’accélère. Rien que pour 2018-2019, ce sont 70 nouveaux modèles qui ont été présentés. Idem pour les occasions : en consultant le Web et les courtiers, on compte pas moins de 1 600 multicoques à voile et plus de 500 à moteur sur les annonces. Il y a en a pour tous les goûts et tous les budgets : petits, grands, rudimentaires, super équipés, récents ou hors d’âge, et même de quoi s’y perdre. Si vous ne trouvez pas votre bonheur, c’est peut-être que vous ne savez pas encore ce que vous voulez. Pour le savoir, une petite introspection s’impose afin d’aiguiller ses recherches dans la bonne direction. Si le choix entre un voilier ou un bateau à moteur semble assez évident, il y a bien d’autres alternatives qui le sont moins.

Lister ses priorités

Cinq ou six critères méritent d’être étudiés afin de déterminer la taille et le budget qui vous conviendraient et choisir entre un navire flambant neuf ou une occasion en or. Il est temps de vous poser les questions essentielles. Le programme de navigation est la première. Navigation côtière ou hauturière ? A la journée, à la semaine, pour une quinzaine de jours ou plusieurs mois par an, pour en faire sa maison ou pour un long voyage ? Avec ou sans skipper ? En solo ou en famille ? En privé ou pour le charter ? En régate ou en croisière, ou les deux ? Sous les tropiques ou dans les hautes latitudes ? Selon vos réponses, une première orientation peut vous mener à viser un trimaran sportif, un catamaran grand et spacieux, ou un petit cata de yachting côtier assez ouvert. Le deuxième point déterminant est le nombre d’équipiers que vous embarquez habituellement. C’est une bonne indication pour l’espace à envisager. Une fois tout le monde bien logé, selon que vous avez un équipage de chevronnés qui rêvent de Coupe de l’America, ou de touristes n’ayant aucun attrait à la manœuvre, votre plan de pont devra être adapté au gybeset éclair à la bouée ou au farniente syndical post-déjeunatoire. L’aménagement est le troisième critère. Préférez-vous un espace ouvert aux revêtements et vaigrages faciles d’entretien, ou bien un agencement cloisonné avec de riches essences de bois et une salle de bains privative pour toutes les cabines ? Une grande cuisine pour parfaire la dernière recette de tante Lucie, ou un grand cockpit pour inviter les voisins de mouillage à l’apéro avant de partir au restaurant ? Tout existe sur le marché, les chantiers ont depuis longtemps intégré la modularité à leurs standards. En quatrième vient l’équipement que vous choisirez parmi les longues listes d’options, ou installerez vous-même sur une unité d’occasion, car vous avez l’âme bricoleuse. Sur un multicoque neuf, beaucoup reste à faire pour le rendre parfaitement navigable, alors que, sur un bateau d’occasion, l’équipement a été monté par le prédécesseur. Un équipement au top niveau peut vous satisfaire d’avoir fait une bonne affaire. En cinquième arrive le matériau de construction. Aluminium, bois, ou sandwich polyester, méfiez-vous des idées reçues. Le bois et l’aluminium sont idéals pour des projets one off, car ils sont modelables à souhait. Des bateaux en polyester seront plus faciles d’entretien et à réparer. Les matériaux high-tech sont très performants et légers, mais conviennent mieux aux régates en baie de Newport ou aux transats express qu’aux pérégrinations tropico-romanesques. Au final, il est probable que vous ne suiviez pas le résultat de votre petite enquête. Si votre trip est de beacher sur la plage et de remonter les cours d’eau, vous serez bien embêté avec des dérives sabres plus fragiles que des ailerons de quille. De même, il sera difficile de concéder à votre entourage le lave-vaisselle, l’air conditionné et la cave à vin si vous rêvez secrètement de longs planings, à moins de passer à beaucoup plus grand. Donc soyez clair avec vos réelles motivations pour éviter le coup de cœur déraisonnable.

Le mouton à cinq pattes

Cependant, les multicoques ont de la ressource, et on peut être étonné par le potentiel de certains modèles. Si le trimaran a plutôt une réputation de vitesse mais d’une habitabilité exiguë, vous serez surpris par un Neel, qui parvient à concilier vitesse et espace XXL. Un Dragonfly, un Corsair ou un Tricat ont d’autres atouts : une fois leurs bras repliés, ils occupent au port un emplacement de monocoque. L’habitabilité géante d’un catamaran moderne de grande série de 45 pieds est comparable à un monocoque d’au minimum 60 pieds, et permet de faire des moyennes au portant 20 à 30 % plus élevées. Pour ceux qui aiment la simplicité et la performance, certains Outremer, Catana, Marsaudon, Aventura et bien sûr la prochaine gamme Excess offrent un comportement très vivant tout aussi bien que des aménagements ergonomiques et marins. Si le budget le permet, des unités semi-custom, comme Privilège, HH Catamarans, Mc Conaghy, Ice Yachts ou encore Eos procureront de bonnes, voire très hautes performances et une finition flatteuse. Enfin, la gestion-location sera idéale pour les ennemis de la caisse à outils. Les formules clé en mains (voir encadré) permettent de naviguer partout dans le monde sans avoir à se soucier d’un quelconque entretien. Vous ne vous y retrouvez pas ? Le conseil d’un courtier professionnel peut s’avérer très efficace pour trancher - roof casquette et flybrige ? Cuisine dans la nacelle ou en coursive ?

Neuf ou occasion ?

Le budget peut résoudre le dilemme entre le neuf et l’occasion. Si vous souhaitez un 45-50 pieds avec tout l’équipement de confort moderne et que votre budget est de 350 000 €, vous n’aurez plus qu’à vous rabattre sur les annonces de seconde main. Si votre budget est de l’ordre de 50 000 à 100 000 €, il y a de très bons bateaux, comme le Catana 40 ou le Prout 37 Snowgoose, qui ont prouvé leurs qualités. Qu’il soit neuf ou ancien, vous devez considérer le budget de fonctionnement, réparations, pièces consommables, l’entretien, l’assurance, le matériel nécessaire à bord, etc. Mais aussi toutes les personnalisations et améliorations que vous aurez envie d’apporter. Commander le modèle juste inférieur et en garder sous le pied pour ne pas se priver sur les options fait partie du plaisir. Enfin, dernière possibilité, pourquoi ne pas se tourner vers une occasion récente ? Elles présentent souvent l’avantage d’être entièrement équipées pour peu que vous en trouviez une dont la configuration corresponde à ce que vous cherchez. Les bateaux qui sortent de contrat de gestion-location peuvent être une bonne opportunité.

Acheter un multicoque en sortie d’exploitation

Il s’agit le plus souvent de catamarans récents – environ 3 à 6 ans – qui ont navigué au minimum une quinzaine de semaines par an, mais qui ont aussi été bien entretenus. Certains se retrouvent à la vente car leur propriétaire préfère repartir sur du neuf. Comme pour toute occasion, il y a beaucoup de vérifications à faire en fonction de l’âge. Une inspection des coques, des appendices et du gréement est indispensable – ce sont les pièces maîtresses du catamaran. Sur ces unités qui ont couru les tropiques sous un soleil de plomb et une humidité ambiante, les outrages du temps se portent essentiellement sur les cordages, la voilure, les vernis, les selleries, et en général tous les apparaux consommables du type pare-battage, annexe, tauds de soleil et de protection, et enfin joints de hublot. L’état des fonds, y compris des cales moteur, est révélateur du bon entretien. Des traces laissées par une stagnation augurent de l’humidité qui a pu proliférer dans les planchers ou le circuit électrique, ainsi que de la rouille qui a pu se répandre sur les parties métalliques – dont les moteurs et périphériques. L’assistance d’un expert maritime pour évaluation technique est fortement conseillée. Celle d’un courtier spécialisé le sera pour la situation administrative du bateau, qui peut réserver de désagréables surprises, notamment concernant les droits de navigation et taxes.

Les points à vérifier en fonction de l’âge

Si le bateau a une dizaine d’années et plus, la vigilance doit être bien plus stricte, et le budget de remise à niveau à prévoir peut se révéler plus élevé. Seul un expert sera en mesure de déceler les vices cachés, et ils peuvent être nombreux. Le haubanage, la chaîne de mouillage, les membranes d’étanchéité, les vannes passe-coque, les voiles et peut-être même des accessoires électriques et électroniques devront à coup sûr être remplacés. Les boiseries et vaigrages mériteront une remise à neuf. Bref, de grosses réfections qu’il faut budgéter. Passé 25 ans, beaucoup d’organes essentiels arrivent en fin de vie – comme les moteurs grippés, le mât corrodé, le gelcoat griffé et jauni, ou encore les hublots et vitrages faïencés. Les coques et/ou les superstructures peuvent commencer à se délaminer, et la remise en état de navigation et de sécurité peut représenter le prix du bateau, voire plus. A moins de tomber sur un modèle complètement rénové (voir article sur le refit MM N194).

Et pourquoi ne pas acheter votre multicoque dans les îles ?

Il arrive parfois que vous n’ayez pas le temps de faire la transat aller-retour dans le cadre de votre semestre sabbatique. Ou alors vous ne vous en sentez pas le courage, ou votre équipage angoisse de ne plus voir la terre pendant deux ou trois semaines. Les enfants ? Ils font l’autruche quand vous leur parlez de quart de nuit loin de toute connexion Wi-Fi… En fait, il est possible de trouver l’élu de son choix à l’endroit où vous rêvez de naviguer. S’agissant de bateaux neufs, sur une centaine d’unités produites, une cinquantaine reste en Europe, une bonne vingtaine est destinée aux USA, une autre vingtaine vogue vers les destinations paradisiaques de la ceinture subtropicale et la dernière dizaine s’éparpille dans le monde. Idem pour les unités d’occasion. Sur les 1 600 voiliers disponibles, 600 sont annoncés en Europe, 350 aux USA, 350 dans les Caraïbes, 100 en Océanie, 150 dans le Sud Pacifique et une cinquantaine dans le reste du monde. Pour les multipowers, c’est un peu différent. Sur les 500 actuellement en vente, la moitié sont amarrés aux USA, un quart sont ancrés en Europe et le dernier quart se répartit sur les pontons des zones précitées. Il y a statistiquement une forte probabilité que le modèle qui vous convienne le mieux soit mouillé au fond d’un lagon ou d’un golf… mais à une traversée océanique de chez vous. Ces trente dernières années, les destinations de rêve se sont considérablement développées, pour accueillir les navigateurs occasionnels mais aussi pour gérer techniquement les flottes de bateaux toujours plus importantes. Les bureaux de vente mais aussi les infrastructures techniques, moyens de levage, chantiers ont éclos aux recoins des plages de sable blanc. Aujourd’hui, il n’est pas utopique d’acheter, assurer, amarrer, hiverner, entretenir, réparer et revendre votre multicoque directement depuis un de ces paradis nautiques et terrestres… et parfois fiscaux. Des concessionnaires aux courtiers, en passant par les équipementiers et autres services maritimes divers, toutes les professions qui accompagnent la vie du bateau sont maintenant bien représentées par des commerçants et artisans très qualifiés. Et ce suivi est bien nécessaire en phase d’achat. Comme beaucoup de multicoques ont bénéficié d’une défiscalisation partielle ou totale, dans certains cas, un droit de navigation ou une taxe peut être exigible au cas où vous ne quittiez pas la zone après une période déterminée, ou dès lors que vous aurez touché les eaux territoriales afférentes à votre résidence. C’est le cas par exemple des multicoques immatriculés aux British Virgin Islands, à Saint-Martin, ou tout simplement naviguant toute l’année en dehors de leurs eaux territoriales. Si vous êtes européen, la TVA de votre pays vous sera demandée à partir du moment où vous ramenez le bateau en Europe – ou toute destination assimilée, comme les Antilles françaises (voir article financement). Et cela peut vite être nécessaire si vous souhaitez entreprendre d’importants travaux, par exemple. Si vous voulez achetez votre bateau à Tahiti, vous paierez 5 % du prix de vente lors de la transaction pour l’enregistrement au Domaine. Puis, si vous restez sur place, il faudra papeetiser le bateau. C’est une taxe d’importation propre à la Polynésie qui est inévitable au bout d’un an. Sinon, il faut partir... Pour les navires francisés, elle est d’environ 18 % (calculée sur la valeur du bateau par expertise) plus des frais de dossier. Sur un bateau de plus de 15 ans ou de construction amateur, ça se négocie, et le bateau peut être provisoirement immobilisé. Les situations différentes sont innombrables. Le financement, votre nationalité, votre lieu de résidence, le pavillon du vendeur et celui de l’acheteur forment une combinaison très complexe qui mérite d’être étudiée en regard des réèglementations en vigueur sur chaque territoire, mais aussi la zone où le multicoque est censé naviguer. D’où l’importance d’être assisté par un professionnel qui pourra vous aider dans ces démarches administratives.

L’exemple de la Martinique

L’arc antillais passe pour le premier spot de croisière tropical au monde. C’est un des bassins de navigation les plus fournis en catamarans d’occasion. Tout le monde a entendu parler de la baie du Marin, située au sud de la Martinique entre la superbe plage des Salines et le rocher du Diamant. La Marina s’y est grandement étendue depuis vingt ans, et constitue, avec 830 postes à quai et une centaine de bouées, un point de passage important accueillant 55 000 plaisanciers chaque année. Les grandes enseignes de la location y ont implanté leur base et 80 professionnels du nautisme sont installés sur site. Ce qui représente plus de 600 emplois dédiés au tourisme maritime. Avec sa baie très abritée, c’est aussi un des plus grands ports naturels de mouillage dans cette région, plus d’un millier de bateaux y sont ancrés. Il va sans dire qu’une petite randonnée de pontons a vite fait de vous écarquiller les yeux. C’est la caverne d’Ali Baba du multicoque, certain pontons sont même exclusivement réservés aux catamarans, comme celui de Dominique Amice, qui a implanté son bureau de courtage A & C Yacht Broker dans cette marina depuis de longue années et représente plusieurs marques du segment. Il propose une offre riche et hétéroclite – sortie de location, multi de propriétaire – sur laquelle il peut donner tous les conseils afin de vous orienter au mieux. Le job d’un courtier, c’est d’organiser un convoyage du continent ou inter-îles, de gérer la préparation et la livraison. Les règles administratives sur l’arc antillais étant nombreuses et disparates, le courtier prend régulièrement l’avion à destination d’autres îles afin de demander une radiation de pavillon ou d’obtenir la validation des documents d’importation ou d’exportation. Pour éviter les tracasseries avec les autorités portuaires, il vous accompagne dans votre démarche. Si vous résidez en Europe et souhaitez acheter un bateau qui est immatriculé à la Martinique, vous pourrez rester naviguer sur place, car la TVA de 8,5 % a été acquittée, tout comme l’octroi de mer de 9,5 %. A condition, si vous n’êtes pas français, de justifier d’une adresse et d’un compte bancaire en France. Sinon, il faudra immatriculer le bateau sans votre pays de résidence. Quand vous rentrez en Europe avec votre multi, on vous réclamera la différence de taux de TVA avec celui de votre pays (+ ou – 20 %). Les ressortissants non européens ne pourront pas conserver le pavillon français, même avec une adresse. Le multicoque devra dans un premier temps faire l’objet d’une exportation (transitoire sur le lieu où se trouve le bateau). Une fois le document d’exportation obtenu, la demande de radiation du pavillon français devra être faite auprès du bureau des douanes où est francisé le bateau. Le nouveau propriétaire devra immatriculer le bateau dans le pays de destination. La taxe ne sera due qu’en cas d’entrée dans les eaux territoriales de ce pays. Pour ceux qui immatriculent dans leur pays d’origine, une admission temporaire est possible, mais oblige de quitter la zone au bout de 18 mois, faute de quoi le multicoque devra être importé et payer les taxes locales. Comme partout ailleurs, la liste des cas possibles est exhaustive… Dans la pratique, on ne peut que vous recommander de faire appel à un vrai spécialiste.


L’achat en gestion-location

Si vous ne naviguez que quelques semaines par an, la gestion-location peut être une solution adéquate qui a fait ses preuves depuis plus de 30 ans. Les principaux opérateurs possèdent des bases aux quatre coins du monde qui servent de point de départ à de merveilleuses croisières, mais aussi de port d’attache pour votre multicoque. Sur place, des équipes de spécialistes assurent tous les services de maintenance nécessaires à l’entretien et à la réparation de votre monture. Bahamas, Seychelles, Turquie, Polynésie sont facilement accessibles : à vous ou votre famille de naviguer entre 5 et 12 semaines par an sur votre multi ou de faire un échange pour une autre destination. Vous y trouverez une unité similaire à la vôtre, bien entendu récente (la moyenne d’âge des flottes est de trois ans), armée et prête à partir. Tous loueurs confondus, ce sont pas moins de 500 000 km de littoral qui vous tendent les bras sur simple réservation, par mail ou téléphone, d’un des 3 000 bateaux disponibles que totalisent les flottes – dont 700 à 1 000 multicoques selon nos estimations. Tous les frais liés à l’entretien, la réparation, la place de port, l’hivernage, l’assurance sont pris en charge par le gestionnaire, il ne vous reste qu’à prendre vos billet d’avion pour rejoindre le site. Les flottes proviennent des grandes marques leaders du secteur. L’expérience acquise par ces professionnels de la location garantit que les modèles sélectionnés sont hyper fiabilisés et dotés des équipements optimisés pour l’usage de la destination. A la fin de la période, généralement de 5 ou 6 ans, vous prenez livraison de votre multi ou vous le revendez. Libre à vous de recommencer avec un modèle neuf. Selon le contrat, votre multicoque peut bénéficier d’une maintenance de sortie de flotte. Quel que soit votre choix – naviguer ou vendre –, c’est la garantie de disposer d’un bateau en bon état.


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