Multicoque

Bien choisir son skipper - La casquette fait-elle le bon captain ?

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Pour commencer, prenons quelques exemples où l’aide d’un skipper est incontournable, ou presque : 

- Un multicoque neuf vient de vous être livré et vous souhaitez être guidé pour la prise en main.

- Vous souhaitez naviguer en famille et/ou entre amis, mais vous êtes le seul à savoir naviguer.

- Vous avez simplement envie de vous détendre en mer sans vous soucier des manoeuvres et de la gestion du multicoque.

- Vous venez d’acheter l’occasion de vos rêves et souhaitez naviguer sous les tropiques l’hiver prochain sans avoir le temps de le convoyer jusque-là.

- Vous voulez louer un catamaran pour les vacances, mais c’est la première fois ; vous ne souhaitez pas prendre de risque, ou tout simplement vous êtes novice en navigation.


 

Un skipper, combien ça coûte ? 

Croisière/régate
Tarif à la journée : de 250 € à 400 € en fonction de l’expérience du skipper, de la zone de navigation, de la taille du multicoque et de son palmarès (pour la régate).

Convoyage/livraison
Tarif au mille : de 3 € à 3,50 €, ou forfait à la prestation.


 

Marin de métier, un skipper professionnel est capable de gérer un multicoque à voile ou à moteur en solitaire, il possède les connaissances nécessaires pour préparer, réparer, optimiser un catamaran ou un trimaran. Un skipper est là pour assurer le bon déroulement des opérations à bord. Il doit gérer tous les aléas, aussi bien sur le plan technique qu’humain. Il est le seul maître à bord, et c’est lui qui endosse la responsabilité de l’équipage et du multicoque. Son rôle ne s’arrête cependant pas à la seule navigation ; son aptitude à guider les équipiers et donner à chacun sa place à bord est aussi primordiale. Il doit savoir s’adapter aux besoins et envies de tous, tout en conservant son rôle de leader nécessaire pour la bonne ambiance, et éviter les avaries ou les blessures. Pour faire plus court, il est le garant de votre bien-être et de votre sécurité. Il peut également enseigner la pratique de la voile si le support s’y prête. Dans tous les cas, et les trois professionnels que nous avons interrogés sont unanimes sur ce point, il doit être titulaire d’un diplôme Yacht Master (ou équivalent, comme le Capitaine 200 en France) au minimum. Attention : le pavillon du navire doit être cohérent avec le diplôme du skipper – les équivalences ne sont malheureusement pas systématiques. Dans la plupart des pays, les skippers ont l’obligation de posséder une assurance responsabilité civile professionnelle appropriée, ils peuvent en effet être tenus pour responsables en cas d’accident ou d’avarie. Sur le papier, toutes ces recommandations sont très standards, mais dans la pratique, au moment de choisir un skipper avec qui on passe beaucoup de temps (24 h sur 24 en croisière), une certaine expérience n’est pas superflue. C’est pourquoi nous vous livrons le témoignage de trois professionnels reconnus en matière de vente de multicoque, de location et de charter. Avec pas moins d’une trentaine d’années d’activité pour chacun d’eux, ils ont eu à trancher un bon nombre de fois pour des cas différents : une vacation occasionnelle pour des clients qui louent un multicoque, un convoyage de catamaran, ou encore skipper à la saison une unité de charter avec un équipage professionnel. Ils vous donnent ci-dessous leurs ficelles pour ne pas se tromper, en fonction de leur domaine de compétence.

 
A partir de 50 pieds, la gestion d’un multicoque peut devenir trop exigeante pour un équipage familial – c’est alors qu’un skipper peut être sollicité. De fait, la plupart des catamarans de 18 mètres comme ce Samana 59 sont menés par un, ou une, skipper pro, parfois assisté par un hôte ou une hôtesse.

 

Loïc Bonnet – Dream Yacht Charter

Loïc est connu depuis plus de trente ans dans l’univers de la gestion-location et du charter de plaisance. Il a fondé et dirige Dream Yacht Charter, leader mondial de ce secteur avec plus de 1 000 bateaux et cinquante destinations dans le monde. De fait, notre homme a dû recruter plus de 10 000 skippers au cours de sa carrière, que ce soit pour du convoyage, de la location avec simple skipper ou encore le charter avec équipage professionnel sur des unités armées au commerce.

« Il n’y a pas de dérogation sur l’administratif. Le skipper doit être à jour de ses diplômes (Yacht Master avec équivalence) et autorisations administratives, car en cas de problème, l’assurance ne couvrira pas les dommages. Le skipper doit être un excellent marin pour mener son équipage et les clients dans les meilleures conditions, ce qu’il apprend en formation initiale, mais ce n’est pas tout. L’expérience compte énormément et différents profils peuvent en découler. L’autonomie technique est importante pour les convoyages, alors que le sens du service sera déterminant pour la location avec des vacanciers. Un profil hôtelier est intéressant pour le charter haut de gamme. Mais il ne faut pas tomber dans la caricature : un skipper qui s’intéressera exclusivement à la satisfaction client et beaucoup moins à l’entretien du multicoque ne fera pas l’affaire. De même, un amoureux de la navigation qui va prendre soin du bateau risque de considérer les clients comme des éléments perturbateurs, ce qui n’est pas idéal non plus. Nous avons créé une école de formation pour la mise à niveau des skippers professionnels face aux attentes actuelles aussi bien des propriétaires que des locataires. Les stages portent sur la maintenance – qui devient de plus en plus complexe – que l’on doit faire de manière préventive et sur les prestations de service, lesquelles sont aussi revues à la hausse (depuis la crise sanitaire, la demande avec skipper a progressé de 20 %). Parfois, les skippers sont tenus d’aider l’hôte ou l’hôtesse pour certaines tâches. La connaissance de la zone de navigation est aussi enseignée pour la sécurité, aussi bien que pour le tourisme. En fait, la zone grise se niche entre ce à quoi le client pense avoir droit comme service, et jusqu’où le skipper est prêt à aller. Parfois, les écarts sont tels que des incompréhensions peuvent surgir. Nous avons résolu ce problème en créant une normalisation des relations client/skipper. Nous avons rédigé une charte qui donne le cadre de ce que peut attendre le client et quel est le rôle exact du skipper. Réunir un questionnaire destiné au client et un autre pour le skipper aide aussi beaucoup pour une bonne cohérence des attentes en fonction des profils et des programmes de navigation. »

 

Dominique Amice - A&C Yacht Broker

Dominique est installé au port du Marin en Martinique depuis plus de vingt ans. Il officie comme broker et tient une agence de location spécialisée en multicoque (bareboat et équipage). Il représente les trimarans NEEL pour cette zone. Son vécu dans le domaine le pousse à exiger, indépendamment des diplômes, une expérience d’au moins cinq ou six ans de navigation avec au minimum trois ou quatre transats.

« Les critères de choix d’un skipper de convoyage se porteront principalement sur son expérience de marin, nous ne lui demandons pas d’être courtois ou sociable, mais d’être sérieux et compétent pour convoyer un mulicoque du point A au point B, et d’être capable, seul, de faire face à une panne, de régler les problèmes techniques, de respecter les délais de livraison en fonction des aléas météorologiques, et de prendre soin du bateau tout au long de la navigation afin de délivrer une unité propre à l’arrivée. Dans un autre registre, une famille qui loue un multicoque avec skipper doit revenir enchantée de sa croisière. L’état du bateau est tenu de correspondre à leur attente. Quant aux mouillages, ils seront confortables, et les paysages inoubliables. Pour cocher toutes les cases, tout dépend des aptitudes du skipper et de sa bonne connaissance de la région. Le skipper devra tenir compte du souhait des clients dans la mesure du possible afin de rendre la croisière joyeuse. Sa capacité à prendre soin du multicoque et sa bonne tenue vestimentaire tout au long du séjour sont des critères importants. Les ours mal léchés, grossiers et incapables de rester courtois ont un comportement qui peut gêner les clients, et seront donc plus adaptés pour le convoyage. Pour les multicoques de charter avec équipage professionnel, une grosse expérience nautique est requise, mais il faut aussi disposer d’une bonne connaissance de la zone de navigation, des compétences à gérer la navigation et la vie à bord avec le reste de l’équipage, et enfin des aptitudes techniques pour la maintenance du bateau. Enfin, on demandera à ces skippers de respecter le programme de croisière que les clients ont réservé, d’avoir un bon niveau de savoir-vivre et un comportement discret vis-à-vis des passagers. »

 

Antonio Marro – Nauta Dock

Antonio est le fondateur et CEO de l’agence Nauta Dock basée à Barcelone. Cette entreprise distribue pour l’Espagne des catamarans haut de gamme comme les HH Catamarans Privilège Marine, et vend des multicoques d’exception d’occasion. Son expérience est donc plus ciblée sur les unités de luxe et l’univers qui les accompagne. Les propriétaires de ces multicoques sont souvent aussi exigeants pour eux-mêmes qu’envers ceux qu’ils emploient, donc cela vaut pour le Captain… Antonio est amené à choisir des skippers pour accompagner des propriétaires qui entendent profiter des vacances sereinement, sans s’inquiéter des manoeuvres de port, du choix du lieu de mouillage ou des différents aléas qui peuvent survenir. Le skipper doit également dispenser de nombreux conseils pratiques et permettre à son client d’éventuellement prendre tout ou partie du contrôle de son navire, dans l’objectif d’une future autonomie, par exemple. Bien entendu, cela implique beaucoup de temps à passer ensemble, alors, pour Antonio, il est essentiel de bien appréhender la personnalité des protagonistes.

« Il y a deux personnes à bien évaluer : le propriétaire et le skipper. Ils vont passer beaucoup de temps ensemble et évoluer dans le domaine de la passion. Je n’ai pas de préférence sur les diplômes ; pour moi, c’est l’expérience qui compte (six ans minimum) et je suis sensible à ceux qui ont exercé comme matelot au préalable. La compatibilité des personnalités va être déterminante. Un langage commun ou au moins compréhensible est essentiel pour des gens qui vont évoluer dans un endroit exigu pendant de longues périodes, et devront échanger sur des sujets très techniques ou personnels. La bonne longueur d’onde est aussi de rigueur. La mentalité peut différer en fonction du support – voilier ou yacht à moteur –, pour l’armateur comme pour le skipper. Il y a aussi des caractères plus ou moins rigoureux. Sans rentrer dans la carricature, les plus méticuleux seront bien à l’aise avec un propriétaire canadien où originaire d’Europe du Nord, mais pourraient perdre leurs repères avec une clientèle de latins. Tous ces paramètres, hors nautisme, sont à prendre en haute considération, car, pour des navigations au long cours, l’ambiance et la sérénité à bord sont cruciales. Le choix dépend beaucoup du programme de navigation. Pour un grand voyage, on évitera peut-être le skipper jeune marié – il pourrait être tenté, et c’est bien normal, de mettre un temps sac à terre pour fonder une plus large famille. A bord d’un Privilège Série 7 ou d’un Sunreef, le service et la conciergerie sont des conditions sine qua non ; sur un HH qui peut être amené à régater, le skipper sera présent dans un souci de performance. C’est alors ses qualités de régatier et de pédagogue qui feront la différence. A chacun son profil. »

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