Multicoques Match

MULTICOQUES MATCH Quel choix de monotype économique pour des régates spectaculaires ?

Publié le 01 août 2016 à 0h00

Créez une alerte e-mail sur le thème "Multicoques Match"

Je défends le catamaran Flying Phantom Par Tom Laperche

Les lecteurs de Multicoques Mag connaissent déjà Tom, qui, avec son frère Mathieu, nous avait raconté le convoyage du trimaran Hydrofolie de la Trinité/Mer à Madère (ils n'avaient pas encore 18 ans à l'époque !). Trois ans plus tard, Tom vient d’intégrer la filière Team France et il "vole au-dessus d’un nid de coucous"…

Monotype économique pour régates spectaculaires

"Passage de la bouée de dégagement au raid de l’Eurocat : ça abat ! On fait gaffe à ne pas voler trop haut ; c’est fort, grosse risée dans deux (longueurs ndlr), c’est parti 24-27-29,8 nœuds ! Je reste avancé, on calme le jeu, sinon on ne tiendra pas jusqu’à Houat !" A l’automne dernier, il y a eu une superbe opportunité pour les jeunes Français : pouvoir intégrer une équipe espoir, la filière Team France, pour défendre le pavillon tricolore sur la prochaine Youth America’s Cup. Ceci signifiait s’entraîner dur en Flying Phantom lors de la saison 2015 ! Je ne me suis pas posé de questions pour savoir s’il fallait ou non tenter sa chance, juste "Comment fait-on pour s’inscrire" ? J’ai été retenu aux tests physiques et aux entretiens de motivation et j’ai intégré l’équipe avec une envie énorme et un programme en parfaite adéquation avec mon école d’ingénieur. Pour quelqu’un qui fait du multi très jeune, des sports de glisse, sur l’eau, dans les vagues, sur la neige…, l’utilisation de foils est un prolongement direct de ce qui me passionne : gagner en vitesse et en sensation ! J’ai vu naviguer l’Hydroptère, puis les Moths internationaux quand j’étais encore en Optimist, et ça me faisait rêver. J’ai goûté aux joies du vol en bateau à l’âge de 15 ans, et depuis, cela fait partie de ma façon de naviguer ; c’est devenu obligatoire pour s’éclater, et c’est clairement comme ça qu’il faut naviguer aujourd’hui. Pouvoir soulager le bateau, accélérer puis décoller, c’est juste incroyable ! Ça rend notre sport encore plus varié, et plus complet ; les vagues et les plans d’eau sont restés les mêmes, et pourtant on navigue 4 à 5 fois plus vite ! Cela demande un niveau de concentration et d’engagement plus important, et c’est ce que l’on recherche en tant que compétiteur. La voile est le seul sport qui ait vu ses performances augmenter d’un tel facteur (on va 4 à 5 fois plus vite que les bateaux des années 70 !). Le Flying Phantom est un formule 18’ élargi, allégé, plus toilé et équipé des fameux appendices carbone : les foils. Le manier dans des conditions faciles de 8-13 nœuds vent de travers est à la portée de n’importe quel bon navigateur. Tourner à 20 nœuds de moyenne entre 3 bouées en enchaînant les manœuvres demande un peu d’entraînement, mais c’est si excitant ! C’est un circuit facile à gérer à coût raisonnable avec des petits multis démontables ; il mérite de s’étoffer. On est en train de réussir à proposer des régates géniales vraiment impressionnantes pour le grand public, c’est en ce moment l’antichambre du très haut niveau pour naviguer en vol. J’ai des souvenirs de bords de reaching à 25 nœuds avec plusieurs Flying Phantom lors du championnat de Cannes ; on était sur un fil, il n’y a rien d’aussi grisant ! Durant une semaine d’entraînement en baie de Quiberon, la veille du Spi Ouest France, nous traversions la baie à plus de 20 nœuds par 11 nœuds de vent réel ! Tourner ainsi autour des bateaux de régate, mitraillés par leurs appareils photo… on se croyait sur une autre planète, eux semblaient encore au "Moyen Age" ! Aujourd’hui, voler paraît inaccessible à beaucoup, mais il suffit d’essayer ; c’est clairement l’avenir ! Quand on voit la vitesse à laquelle évoluent les multis de course au large, c’est sûr, on va bientôt réussir dans certaines conditions à voler complètement et pouvoir aller dormir en solo ! Magique, non ? Ready to take off ? Let’s fly !

Monotype économique pour régates spectaculaires

Je défends le Prao Pacifique Bucket List Par Rob Denney

Rob est le fameux architecte des HarryProas. Il a récemment dessiné le monotype Bucket List (12 m x 7,50 m pour 700 kg !) pour promouvoir une autre manière de régater et de pratiquer la voile plaisir avec un extraordinaire et très moderne prao Pacifique.

Monotype économique pour régates spectaculaires

Quand on m’a demandé de "comparer" Bucket List avec le Flying Phantom, j’ai été très excité, pensant qu’il s’agissait là d’une super occasion de montrer aux "formidables" multicoquistes français et internationaux combien Bucket List était séduisant. Le Flying Phantom est un bateau reconnu, qui a tenu toutes les promesses pour lesquelles il a été dessiné ; Bucket, bien que conçu selon des principes éprouvés depuis 20 ans sur les HarryProa, ne navigue pas encore ! Il est donc difficile de comparer ! Autour de 3 bouées, il est évident que le FP est une bombe déflagrante, et je sauterais sur la première occasion de naviguer à bord. Je suis un marin expérimenté (nombreux skiffs dans ma jeunesse, 7 Sydney-Hobart et d’innombrables navigations en régate et au large en multi), mais je n’ai plus le goût de "patauger" pour apprendre. Bucket List répond à d’autres critères de conception : j’ai voulu donner au plus grand nombre la possibilité de naviguer à bord d’un multicoque rapide, sécurisant en régate ou au large sans que cela coûte un bras et une jambe ! Le bateau offre aussi un gîte pour les nuits en mer ou pour vivre à bord pendant les compétitions dans des zones hors de prix comme Cowes, Hamilton ou Antigua, sans exiger de ses utilisateurs d’être la "crème de la crème" (en français dans le texte) des régatiers. L’objectif était de proposer un multicoque pour toute personne connaissant les bases de la voile, non seulement pour prendre beaucoup de plaisir, mais avec de bonnes chances de battre n’importe quel conçurent ! Un critère essentiel était que le bateau puisse être mené à fond sans danger ; pour la simplicité d’utilisation, bien sûr, mais aussi pour pouvoir se sortir de toutes les embûches sans exiger des compétences absentes du bord. Je pense aux situations de bagarre dans la brise à la bouée au vent, lorsqu’il s’agit d’éviter les collisions au milieu d’un paquet d’autres bateaux sans place pour virer ou empanner, si vous vous trouvez surtoilé dans un grain ou que l’équipage est un peu dépassé par la vitesse ! Une seule grand-voile en autorotation complète autour d’un mât non haubané permet d’ajuster la puissance à la demande en délestant rapidement avec une seule écoute pour garder la maîtrise. Il est aussi possible de stopper le bateau en réduisant immédiatement à l’approche d’un grain. Tout cela permet un contrôle beaucoup plus aisé qu’un mât conventionnel. Un gréement non haubané sur une longue coque présente aussi d’autres avantages, le bateau prévient beaucoup plus de l’enfournement possible et il y a beaucoup plus de volume à l’avant. Le concept de ce prao permet de ne jamais se trouver dans une situation sans issue, lâchez l’écoute de grand-voile, laissez pivoter les safrans et repartez aussitôt dans l’autre direction ! Il n’y a aucune limite de vitesse, basse ou haute, pour effectuer ces manœuvres. Il était important de faire un bateau très solide, pas seulement pour remplacer facilement ce qui casse, mais également pour se persuader qu’un choc avec un OFNI ne signifie pas la fin de la régate. Et même si, d’aventure, Bucket List touchait un obstacle immergé (situation dramatique à bord d’un foiler !), cela n’occasionnerait pas d’avaries majeures grâce aux appendices relevables automatiquement, c’est mieux que de tout casser ! La dernière exigence concernait la facilité à gréer, pas de réglage compliqué, il faut juste positionner le mât dans son logement, mettre le trampoline en tension à l’aide des 2 bouts ad hoc et installer les voiles. Tout cela n’aurait aucun sens si le bateau ne s’avérait pas rapide, mais les prédictions de vitesse indiquent qu’il devrait marcher à plus de 20 nœuds par mer plate sans exiger d’effort physique pour changer de côté pour le rappel ou monter au trapèze. Je n’ai pas une idée exacte des performances du Flying Phantom, qui est hors catégorie, mais je suis sûr que Bucket List devrait damer le pion à tous les adversaires des courses pour lesquelles il a été conçu. Bien que très différents, les deux bateaux sont totalement excitants, Bucket s’appuie sur une logique d’extrême légèreté, de grande longueur relative et de simplicité, et il serait surprenant que quelqu’un imagine pour le même programme quelque chose de plus grand, plus léger ou plus simple !

Monotype économique pour régates spectaculaires

Partagez cet article