Multicoques Match

MULTICOQUES MATCH : POUR FAIRE FUMER LES ETRAVES AU SOLEIL ? TRIMARAN CLASSIQUE OU CATA DERNIER CRI ?

Publié le 01 juin 2016 à 0h00

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Courir avec un trimaran 50’ Newick de 33 ans Par Frederick Ball

Un été, il y a longtemps, au début des années 80, je naviguais seul autour de Martha’s Vineyard sur mon petit sloop Alfie Sandford sans moteur. Encalminé devant le port, je vis surgir un oiseau du large chargé de voile et luisant dans la lumière de fin d’après-midi, il était plus beau que je ne pourrai jamais le dire. Son skipper solitaire pointa dans le vent, stoppa exactement devant son corps-mort avant de sauter dans son dinghy et de nager vers la rive en clignant d’un œil. Une heure plus tard, à terre je me renseignai auprès d’un garçon de la marina au sujet de cette merveille à 3 coques. "C’est Phil Weld, et le bateau est un dessin de Dick Newick nommé Moxie." Il enchaîna en disant que l’architecte habitait une rue juste au-dessus, entre la maison de James Taylor et celle de Carly Simon ! J’adore la musique et les beaux bateaux, je trouvai donc un téléphone pour appeler Dick Newick. Expliquant que Moxie était la plus belle chose que j’avais jamais vue, je lui demandai s’il voulait bien dessiner un trimaran pour moi, précisant que j’aimais les bateaux traditionnels et que je n’avais aucune expérience des multicoques modernes. Impassible, comme à l’habitude, Dick répondit : "Les Polynésiens dessinent, construisent et naviguent à bord de multicoques depuis plus de 2000 ans, est-ce assez traditionnel pour vous ?" Tout a commencé comme ça ! Le 3 juin 1983, je recevais le premier plan du moule à courbure constante et du tracé au sol. Dick recommanda l’embauche d’un chef de projet français nommé Alain Guidon et nous démarrâmes la construction d’un trimaran de 49’11‘’ appelé Manitou Payman dans mon chantier de Glenn Arbor dans le Michigan. La livraison des dessins s’échelonna sur une longue période, permettant juste le maintien de l’activité, le dernier jeu de plans s’intitulait N°68 solo racer for M. Frederick Ball, daté du 6 avril 1985. 150 gallons de résine époxy des frères Gougeon plus tard, le bateau fut lancé dans la superbe Good Harbor Bay sur le lac Michigan. De nombreuses années de régates (et, je dois humblement dire, de nombreuses victoires) et navigations sur les grands lacs plus tard, ma femme Pam et moi décidâmes de descendre Lucky Strike (son nom actuel) en Caraïbes. Après avoir passé l’été à Ste-Lucie, la décision fut prise avec un peu d’appréhension d’engager le bateau dans la Rorc Carribean 600. Notre équipage est toujours resté amateur, mais pour cette course, nous avions besoin d’un "sachant" local. Nils Eriksson, ex-propriétaire de Soma le F40 Morelli-Melvin, avait une expérience de cette compétition en tant qu’ex-skipper du Gunboat 62 Zenyatta. Mon cousin Michael Fisher vint compléter l’équipage avec un autre "Old goat", Earl Lyden ; la moyenne d’âge se portant à 68 ans ! (Old goat signifie que vous avez participé à 25 Mackinak Race, et si régater sur le lac Michigan vous paraît facile, demandez son avis à Ted Turner !). La Carribean 600 (milles !) est une course assez sauvage pour laisser penser que son créateur était un parent de Jackson Pollock ou du marquis de Sade ! Michael affirma qu’il n’avait jamais vu une course aussi longue finir dans un tel combat lors des 30 derniers milles. "Nous étions très bien placés à St Kitts", dit Nils, "nous avions creusé un écart de 8 milles sur notre plus mortel ennemi, mais ensuite, dans les conditions les plus dures, un trimaran de 34 ans ne pouvait lutter avec des prototypes carbone dernier cri !"

Trimaran Newick 50

"Une année plus normale nous aurait mieux convenu, mais là, ce furent 300 milles de combat !" Mon point de vue d’artiste me pousse à dire que je n’avais jamais vécu une telle course, tout empanachée d’un voile de lumière laser que l’étrave a déchiré à l’arrivée, ce fut magnifique ! Il est inutile de préciser qu’arriver 4e derrière deux Mod 70’ et un Gunboat 62’ constitue un résultat décent pour un trimaran de 3 décades en bois époxy ! Nous avons déchiré 2 voiles et cassé quelques poulies, mais, étant le gars qui a construit et refité le bateau depuis si longtemps, je me sens très fier de lui et béni d’avoir rencontré le sorcier qui l’a dessiné. Amarré dans le port, après la course, j’admirai ses lignes merveilleuses, et j’ai cru entendre ma vielle complice ricaner et dire : C’est tout ce que tu as pu faire ? puis Dick lancer à la volée : Cheers !

Trimaran Newick 50

Courir avec un catamaran high-tech de croisière rapide, le Gunboat 62’ Par Owen Johson

Qu’y a-t-il pour dîner ? cria, sarcastique, l’équipage d’un monocoque rapide lorsque nous le dépassâmes à la tombée de la nuit pendant la Rorc 600. Ils étaient en train d’en prendre plein la figure, et la situation ne risquait pas de changer pendant toute la course ! Ils savaient que nous étions douillettement installés et que notre équipage ne sortait sur le pont que lorsqu’un bateau média approchait pour faire des photos/vidéos. Il nous fallut ranger nos assiettes de lasagnes fraîchement préparées pour dissimuler le confort de Zenyatta, de son salon et de son cockpit, eux allaient définitivement manger froid cette nuit ! Zenyatta est le 3e exemplaire des Gunboat 62’ (sur 4) ; propriété de Jonathan Bush. C’est un plan Morelli/Melvin construit en Afrique du Sud en 2003. Ce bateau a été construit dans l’idée d’associer vitesse et confort, luxe et performance ; cette édition de la Rorc 600 fut l’occasion de démontrer ses qualités. Raisonnables malgré tout et plaisants, ces bateaux offrent un plate-forme parfaite pour voyager autour du monde. Allégés et préparés, ils deviennent des bêtes de course ! Nous étions ravis de participer à cette régate en particulier, de l’eau chaude, un long parcours au milieu de paysages marins formidables et de grands bord de près… aucune raison de ne pas l’aimer ?

Catamaran Gunboat 62

Nous étions également contents de voir le plateau représenté, le trimaran de 50’ Lucky Strike, un Outremer 60’ No Limit, un TS 42 Zed… et 2 Mod 70’, que nous considérions quand même comme un peu à part ! Un bon départ nous plaça dans le peloton de tête à la bouée de dégagement d’Antigua ; un peu anxieux de casser quelque chose, nous réussîmes pourtant à creuser un écart, qui ne fit que croître dans les 24 h de course intense qui suivirent, maintenant tout l’équipage en alerte. L’alizé de SE permit à la flotte de rester en régate rapprochée tout au long de la descente St-Martin-Guadeloupe. Cela n’empêcha pas les Mod de battre le record de l’épreuve, mais nous aurions aimé rester plus proches d’eux. Une bonne navigation et quelques grains providentiels aidèrent Zenyatta à débouler sur la Guadeloupe avant de négocier les habituelles et délicates conditions sous le vent de l’île, les nuages improbables et les casiers pièges à safrans. Nous profitâmes des meilleures conditions avec de la mer forte en quittant la Guadeloupe ; le travail de l’équipage fut remarquable, et dans 25-30 nœuds de vent, nous volâmes sur une coque pendant une bonne partie de la nuit. Un choc particulièrement violent expédia la machine Nespresso de l’autre côté de la cuisine, l’équipage se mobilisa pour sauver le précieux instrument, parfait exemple du vrai confort à bord ! Une antenne fissura un hublot en se détachant des barres de flèche, nous eûmes quelques petites avaries de voiles, et à ce moment, j’observais le barreur sirotant un café à 20 nœuds en pensant : "Je dois refaire cela une autre fois !"

Catamaran Gunboat 62

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