Multicoques Match

MULTICOQUES MATCH En grande croisière : être armé ou pas ?

Publié le 01 février 2015 à 0h00

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OUI, il faut être armé à bord !

Olivier Mesnier est un marin d’expérience, responsable de chantier naval, officier de marine marchande et plaisancier éclairé, auteur, avec sa femme Barbara et ses enfants, Marin et Adélie, d’un superbe tour du monde à bord de Jangada, catamaran de 53’ (Voyage autour du monde, 2 tomes, mars 2014).

Mindelo, Sao Vicente, Cap-Vert, 24 mai 2012 : Jangada (le catamaran) croise au large de l’archipel. José, seul à bord de son voilier Magoër, est retrouvé au pied de sa descente, baignant dans une mare de sang, le crâne fracassé à coups de manivelle de winch. Il a été agressé dans la nuit par 3 individus, qui lui ont volé son ordinateur et quelques boîtes de conserves !
CVD Dakar : octobre 1982. Le premier Jangada est tiré sur la plage pour 24 heures sur le ber du club. Un Français du club me dit : "Prends ça (un revolver 7.65) et remets ton bateau à l’eau dès que possible." La nuit même, je me retrouve nez à nez avec 3 individus montés à bord. Je sors dans le cockpit l’arme à la main, et intime l’ordre aux voleurs de partir. Le canon luit sous les étoiles, j’ai le doigt sur la détente. Ils déguerpissent !
CVD Dakar : 03H00 du matin, 28 août 2009. Gérard dort à bord de son OVNI, avec sa compagne. Trois individus pénètrent dans le bateau. Gérard est étouffé par un coussin jusqu’à ce que mort s’ensuive. Sa compagne sauvagement violée. Les malfrats repartent avec une TV 12 volts et 900 euros !
Je déteste les conflits, je n’ai jamais aimé la bagarre, mais dans ces cas, je pense que je ne serais pas mort. Ce n’est pas salir la mémoire de ces malheureux que de dire qu’ils n’ont eu aucune alternative, pas d’option ! La mort, pour quelques centaines d’euros, pas d’accord ! Moi, je veux disposer d’options graduées. Les armes à bord : un sujet délicat sur lequel il serait regrettable d’être mal compris. Pendant notre voyage, j’ai souhaité en avoir, mais je sépare distinctement la question de la détention de celle de l’usage. Face à l’adversité, je veux ménager des opportunités, dans certaines régions du monde, la vie d’un Occidental peut ne valoir que quelques dizaines d’euros, le prix d’une montre ou d’un téléphone portable. On peut toujours rêver d’un monde meilleur ! Loin de moi l’idée de conseiller à tous d’avoir une arme à bord, ce serait stupide. Moi, j’en avais une. Un revolver de gros calibre à 6 coups. C’était un choix réfléchi, qui ne convenait qu’à moi. Pendant notre voyage, j’avais la responsabilité de ramener tout le monde à la maison. Je ne me suis jamais servi de mon arme et j’en suis heureux. Cette approche convenait à ma façon de voir, à mon expérience de la vie, à ce dont je me sentais capable mentalement, physiquement, moralement. Un autre skipper, un autre équipage, une autre histoire. L’essentiel est d’être capable d’analyser rapidement une situation à risque, afin de déterminer la nature de la meilleure réponse à apporter. Je connaissais le risque principal : la naïveté, c’est-à-dire l’ignorance de la nature et de l’importance du danger. 90 % du traitement positif de la situation est là ! Avant d’embarquer une arme à feu, j’avais longuement réfléchi au risque d’amplification, souvent mortel (voir le cas de Peter Blake), engendré par l’usage défensif inadapté d’une arme face à un agresseur également armé, déterminé, et sans scrupules.
Les meilleures armes, d’après moi ? L’information d’abord, l’intelligence de la situation ensuite, la capacité d’observation, et l’absence de naïveté. Gourdin en teck, arbalète sous-marine, pistolet de détresse à cartouches détonantes, revolver de gros calibre constitueront les accessoires d’opportunité. Il ne faut pas s’exposer bêtement au danger ; si malgré tout on se trouve dans une situation dangereuse, les moyens employés doivent avant tout être dissuasifs. La meilleure arme est certainement celle que l’on est capable d’utiliser à bon escient avec efficacité. Pour certains, le mieux est de ne pas en avoir. Si le pire se produit (agresseurs à bord avec armes à feu), il faut rester calme, surtout ne pas résister, ne montrer ni agressivité ni peur excessive, ne penser qu’à préserver la vie. Attention, une lâcheté patente peut aussi conduire à la mort en face d’un prédateur. Il faut viser l’instauration d’un échange "tu nous voles, mais tu nous laisses la vie". Si l’agresseur n’a pas d’arme à feu, le champ des possibilités s’élargit, à condition d’en disposer soi-même ! S’il y a une opportunité, on peut tenter de la saisir, mais il faut être sûr de réussir ou s’abstenir. J’ai étudié l’histoire de Peter Blake, le skipper de Seamaster a semble-t-il commis une double erreur : il a voulu utiliser une arme à feu alors que ses agresseurs, déjà à bord, étaient nombreux et armés. Il a tiré le premier, en ratant sa cible, et sa carabine s’est enrayée. Peter a eu une attitude courageuse, mais inadaptée. Bilan : vol de quelques montres et d’une annexe motorisée, vite retrouvées ! Les yachts et leurs équipages sont particulièrement vulnérables face à la piraterie, la meilleure précaution est d’éviter les zones à risques et d’être bien informé. Aujourd’hui, avec Internet, c’est simple. La sécurité est assez souvent une question d’intelligence, avoir une arme à bord est un choix personnel. Naviguer autour du monde reste pourtant moins risqué que d’aller au boulot en empruntant le périphérique. Lors de notre tour du monde, l’océan le plus dangereux à cet égard fut l’Atlantique. Souvenez-vous aussi : rien ne vaut la vie !

Etre armé ou non en croisière ?

NON, il ne faut pas être armé à bord !

Muriel Andrey Favre est née en 1967. Avec son mari Hervé et leurs deux enfants, ils partent en 2008 sur un catamaran Fusion 40 pour une année sabbatique atlantique ! Ils cumulent ensuite les milles jusqu’à leur arrivée en Australie! Leurs aventures sont racontées dans le livre "Le Sillage des Favre en mer, Kangaroo".

Je n’ai pas trop peur des armes. En Suisse, il y en a beaucoup, presque dans chaque maison, le pays se classant en 3e position pour la densité des armes à feu après les Etats-Unis et le Yémen ! Sachant que le sport de mon fils est le biathlon, je peux même vous confirmer que je sais viser ! C’est pendant la construction de notre catamaran que le sujet avait été abordé... Fallait-il penser à créer une cachette spéciale pour une arme, un double fond pour la camoufler ? Cette question fait partie des interrogations auxquelles vous serez soumis en rentrant de grand voyage. Après les "Vous êtes partis combien de temps ?" et les "Avez-vous vu des dauphins ? ", vous aurez immanquablement droit à la question des pirates et de la sécurité ! Nous avions choisi délibérément de ne pas avoir d’armes à bord de Kangaroo, afin d’éviter les accidents et les complications. Une arme, il faut savoir et oser l’utiliser. Elle doit être rapide à charger et puissante, afin de ne pas rater la cible et de faire suffisamment peur lorsqu’on a les jambes qui flageolent ! Elle doit donc se trouver dans un endroit accessible et hors d’atteinte des enfants ou des visiteurs. Il faut être sûr d’avoir le courage de tirer en premier, en cas de menace ou d’attaque, et ceci peut mener rapidement à la catastrophe. Un bateau approche, vous commencez à avoir peur, il fait nuit, au lieu d’attendre et d’analyser la situation, vous allez chercher de quoi vous défendre, la tension monte d’un cran, vous tirez pour faire peur ? Et s’il y a riposte ? Vous tirez à nouveau ? Ou vous faites feu le premier au risque d’atteindre un pauvre pêcheur qui venait vendre le produit de son travail et passez le reste de vos jours en prison ?
En partant à l’étranger sur votre bateau, vous devrez choisir entre deux stratégies : la première, c’est d’être conforme à la loi. Au moment de la clearance, vous devrez donc faire toutes les déclarations nécessaires concernant les armes, qu’on vous confisquera d’ailleurs presque toujours ! Bonjour la paperasse et les frais ainsi que le temps perdu pour les récupérer ! La fenêtre météo tant attendue est là, vous ne pourrez pas reprendre votre arme aujourd’hui parce que c’est férié ou que le fonctionnaire est malade ! C’est pas une vie, ça ! Et puis, les nouvelles vont vite... "S’ils ont confié leur arme, ils n’ont plus de moyen de se défendre" ! Moi, si j’étais pirate ou voleur, c’est donc justement ce bateau-là que j’essayerais de dévaliser en premier ! Seconde technique, ne rien déclarer du tout. Là, on rajoute une nouvelle source d’angoisse, car si jamais il y a une fouille, et que les douaniers ou des policiers découvrent votre cachette, vous coffreront-ils pour détention illégale ? Ne rien avoir est sans doute le plus simple. Vous ne courrez aucun risque en cas de perquisition et le doute persiste quand même : peut-être qu’une arme est à leur bord ? Sur Kangaroo, nous avions une machette utilisée pour ouvrir les noix de coco ou couper le poisson, un arc, construit par les enfants, et également une boîte de clous que l’on aurait pu éparpiller sur les jupes arrière dans les endroits peu recommandables afin que les intrus se blessent et annoncent par leurs cris leur présence ! Bien choisir les mouillages, écouter les conseils de la population, ouvrir les yeux, sentir les ambiances. C’est pour cela que l’on part en grand voyage, non ? Pour les rencontres, les lieux magiques, le calme, la liberté !

Etre armé ou non en croisière ?

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