Multicoques Match

MULTICOQUES MATCH Courir la Route du Rhum : Avec un prototype dernière génération ou un multicoque classique ?

Publié le 01 octobre 2014 à 0h00

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Un proto pour la gagne Lalou Roucayrol

Lalou use ses cirés sur les multicoques de course depuis la fin des années 80. Après avoir repris le prao de Guy Delage (Funambule), il navigue avec les meilleurs skippers des années 90 avant de se retrouver aux commandes du 60' Orma Banque Populaire. En 2010, il finit second de la Route du Rhum à bord de son proto.

Route du Rhum : prototype ou classique

Toute ma vie est un prototype
J’ai toujours rêvé, pensé, construit et couru sur des prototypes.
Je suis né coureur en 1978 ; j’avais 14 ans quand Mike Birch a gagné la Route du Rhum sur un prototype multicoque, et depuis, je n’ai pas cessé d’y participer et de vouloir la gagner. En 90, je réalise ma première tentative sur un prao prototype (l’ex-Lestra Sport rallongé à 60’), hélas, elle est avortée. En 94, j’avais un superbe bateau (Paragon), mais impossible de prendre le départ faute de partenaire, ce bateau était magnifique ! En 98, je suis blessé et ne peux pas courir. Ce n’est qu’en 2002 que je prends le départ de ma première Route du Rhum sur un trimaran 60’ Orma, à l’apogée de cette classe, tout ou presque était permis ! Matériaux, formes, process de construction… de la prototypie à l’état brut, le pied ! Je finis 3e, j’y suis enfin ! En 2006, pas de financement, donc pas de course. Nous sommes en 2010. J’ai construit mon premier prototype Multi 50’. Conçu pour un tour du monde en solitaire, il ne présente pas toutes les caractéristiques indispensables au sprint d’une Route du Rhum. Je prends tout de même le départ et termine 2e. Je me rapproche de mon objectif ! La même année, lors du convoyage retour de la Guadeloupe vers Port-Médoc, je le perds corps et âme. Après cette fortune de mer et les nécessaires moments de doute et d’abattement, je sais qu’il me faut un autre bateau pour décrocher cette Route du Rhum ; avec Fabienne, ma compagne, je prends la décision de construire.
Nous avons alors créé Noir Désir, qui prend le nom d’Arkema Région Aquitaine. Un prototype pensé et conçu avec Romaric Neyhousser pour la course au large en solitaire. Et nous voici au départ de la prochaine Route du Rhum, avec ce trimaran dont j’espère tirer toute la quintessence.

Première leçon de la prototypie : humilité et patience !
L’esprit prototype ne se limite pas aux courses, à la compétition et à la gagne. Un prototype représente une équipe, une alchimie entre skipper, architecte, concepteur, constructeurs et préparateurs. C’est une aventure qui porte les conditions magiques de la création, de l’innovation et de la liberté de mise en œuvre. Ce n’est pas une pensée unique comme la monotypie, mais l’union des savoir-faire, des expériences et parfois des rêves.
Partir d’une feuille blanche et mettre en commun des idées, un travail d’équipe pour que le skipper au départ de la Route du Rhum ait entre les mains le trimaran efficace, le plus performant possible. Le prototype devient le prolongement du skipper, le rêve devient réalité.
"L’esprit prototype", c’est aussi penser plusieurs coques. Les multis sont la concrétisation de l’optimisation maximum de la transformation de la force du vent en vitesse sur l’eau. Et pour que cette optimisation soit la plus complète possible, cela suppose de faire les machines les plus sophistiquées et innovantes. Ces engins permettent de faire avancer les techniques. La classe Multi 50’ offre aux architectes et aux coureurs la possibilité de s’exprimer librement dans le respect de la jauge. Le prototype multicoque de course au large est la manière la plus élaborée de mon expression sur l’eau. Naviguer sur des bateaux uniques est sans conteste, pour moi, une fierté !
C’est, enfin, la prise de risques techniques et financiers, bref, on va jouer avec une bonne dose d’adrénaline ! Lorsque le bateau est mis a l’eau, rien n’est gagné, chaque jour est une étape dans le perfectionnement de l’engin.

Deuxième leçon de la prototypie : équipe et performance
A la retraite, je ferai, peut-être, la Route du Rhum sur un classique comme Loïck Peyron. Mais pour l’instant, c’est la gagne qui me pousse, et le bateau que j’ai aujourd’hui entre les mains me laisse tous les espoirs pour prendre le podium de la prochaine Route du Rhum et atteindre enfin mon objectif.

Route du Rhum : prototype ou classique

Un trimaran des années 80 ou rien ! Contribution à 4 mains d’Etienne Hochedé et Françoise Hanss

Etienne Hochedé est un pur amateur. Skipper par passion (et garagiste dans la vie), il n’est pas un solitaire. Il partage l’aventure du trimaran PIR2 avec Françoise, sa compagne / équipière / matelote / co-skipper. Le trio anime la Multi 50’ depuis près de 10 ans. A 18 mois de la retraite, Etienne embarque pour le Rhum, mais regrette tout de même l’absence de sa doudou. Ce sera pour la Route du Café 2015 !

Route du Rhum : prototype ou classique

En mai 2000, 1re visite d’un trimaran à Plymouth, le CLM d’Hervé Cléris (plan N. Irens) au départ de l’Europe1-NewMan Star. Un peu spécial, le trou d’homme pour pénétrer à l’intérieur ! Il y a moins de place que dans mon monocoque de 36’ ! Sentiment d’enfermement, pas de visibilité extérieure, mais je suis impressionné par cette élégante araignée des mers ! Je participe à la transat anglaise avec le monocoque de croisière que j’ai fabriqué.
Transat 2004 : Un multicoque ou renoncer !
The Transat impose un bateau de 50’ pour participer ! Avec mon budget disponible, l’achat s’oriente vers l’ex-"Lessive St-Marc", un tri foiler de Sylvestre Langevin en aluminium des années 1980 construit par Dufour avec les tôles du baron Bic prévues pour les protos de l’America’s Cup ! N’ayant aucune connaissance des multicoques, on ne voit pas les points négatifs… à 5 mois du départ de The Transat, il faut vite prendre la décision et se lancer ! Le bateau n’est pas très toilé, un peu lourd et doté de petits flotteurs avec des foils fixes (de véritables porte-manteaux pour les algues). Les bastaques doivent être manœuvrées à chaque virement (marches arrière et manques à virer fréquents), l’absence de confort est totale ; nous craquons ! Etienne part donc avec très peu d’expérience du multicoque, qualif effectuée à l’arrache dans la pétole avec une grand-voile neuve livrée sur le quai et la fatigue accumulée. Par chance, la météo est sereine pendant les 19 jours de la course. "Moment historique, je double Mike Birch (sur Nootka, sistership de CLM) au départ, il repassera devant, mais s’arrêtera en route, pas moi !" Bateau et skipper arrivent entiers à Boston avant la fermeture de la ligne !
Automne 2004 : les travaux d’Etienne !

Pourquoi le Rhum ?
J’y pense depuis quelques années, comme un rêve, une voiture garée quelque part ! Presque en fin de carrière professionnelle, je décide de prendre le temps de faire cette course avant mes 60 ans ! Ce sera 2014, la 10e édition du Rhum, 10 ans après ma 1re transat en solitaire avec PiR², le 3e Rhum pour le bateau, le 1er pour moi. Après la Vendée-Saint-Pétersbourg (2010), les trophées et régates côtières de l’Angleterre à Port-Médoc, le bateau est aux normes de sécurité. PiR² est jaugé M50, déclaré Bateau d’Intérêt Patrimonial et membre de la flotte Golden Oldies ! Malgré ses 30 ans d’âge, il nous mène à plus de 20 nœuds, on prend plaisir à naviguer et à faire partager ce plaisir (thalassothérapie assurée, ça mouille beaucoup mais pas longtemps, car on va vite !). De temps à autre, les petits flotteurs font office de fusibles ! Arrêt buffet ! On trempe, on choque et ça repart ! Ce bateau ancien, brut de brut (aluminium nu à l’intérieur), reste une belle machine utilisable par des amateurs éclairés et d’un coût d’entretien raisonnable. Avec l’association Golden Oldies, nous découvrons que nous ne sommes pas seuls passionnés par ces engins ; faisons-les revivre en naviguant et en participant aux grandes courses comme le Rhum ! Il y a déjà des rassemblements en Méditerranée, en Atlantique, pourquoi pas un classement dans les grandes épreuves de multis ?
"Etienne, ses yeux analysent sans cesse, c’est le métier de garagiste qui l’impose ! Rechercher la panne, trouver une solution, la moins chère, c’est le quotidien des Hochedé depuis 3 générations ! A bord de PiR2, avec sa boîte à outils magique, il trouvera toujours un moyen pour repartir, réparer, remplacer !"
Les bateaux évoluent comme les véhicules, PiR² appartient à la 2e génération de multicoques, ceux de la 6e régatent maintenant, mais, dans 30 ans, navigueront-ils encore ? Sorti des moteurs, des carrosseries à débosseler, Etienne ne souhaite qu’une chose : donner envie de faire revivre ces machines historiques, de les optimiser, de les entretenir, loin de ses débuts solitaires en monocoque !

Route du Rhum : prototype ou classique

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