Plume

Au pays des Moaï

Les difficultés de mouiller à l’île de Pâques en fait une escale rare dans le Pacifique sud ; il en aurait fallu plus pour décourager l’équipage de Plume, qui est parvenu à s’y arrêter quelques jours.

Après 18 mois en Amérique centrale et une magnifique escale aux Galapagos où nous avons particulièrement apprécié une biodiversité unique au monde, nous avons appareillé enfin pour une nouvelle traversée dans le plus vaste océan du monde, le Pacifique. Nous sommes partis pratiquement plein sud, car nous avions projeté de faire escale dans l’une des îles habitées les plus isolées au monde, la mythique île de Pâques – Rapa Nui en polynésien. Si les trois premiers jours se sont déroulés dans un calme relatif (et sous la surveillance d’un drone à voile de l’armée américaine, venu nous observer), nous avons rapidement touché des alizés toniques, qui ne nous ont plus lâchés. La navigation est devenue exigeante : 20 à 25 nœuds de vent au bon plein, le tout sur une mer croisée avec une houle de 4 mètres remontant du Grand Sud. Malgré cela, notre petit Athéna 38 a taillé vaillamment sa route, nous offrant même notre moyenne record pour une si longue traversée, soit plus de 7 nœuds si on enlève les premiers jours sans vent. Et surtout, plaisir suprême en bateau, nous n’avons eu aucune casse ou avarie majeure à déplorer de toute la traversée. Les filles ont été extraordinaires, assurant chaque jour l’école, malgré les conditions difficiles. La dernière nuit, nous avons ralenti, avec seulement un petit bout de génois, nous faisant secouer dans des rafales d’une trentaine de nœuds. C’était le prix à payer pour savourer une arrivée au petit jour, lorsque les premiers rayons de soleil sont venus embraser les 15 moaï alignés du site d’Ahu Tongariki. Nous avons fait un petit crochet pour nous en approcher, malgré le vent et la houle qui nous poussaient vers la côte. L’Armada du Chili nous a donné les coordonnées GPS de notre mouillage, afin que nous soyons certains de mouiller dans le sable et de ne pas abîmer les coraux. Au moment de relâcher, le vent s’époumonait toujours à une bonne vingtaine de nœuds, et il nous a fallu lâcher 100 mètres de chaîne et câblot pour poser l’ancre par 22 mètres de fond, dans un mouillage totalement ouvert à la houle et au vent. Heureusement, ce dernier soufflait de terre ce jour-là, nous offrant un calme relatif. Après le passage des officiels à bord, dans une ambiance chaleureuse et accueillante, nous avons pu relever le défi de la descente à terre. Pour pénétrer dans le petit port de pêche, il faut franchir une barre. Lorsque la houle rentre, on se retrouve à passer avec l’annexe au milieu des surfeurs. D’ailleurs, l’annexe d’un autre équipage, arrivé quelques jours après nous, a chaviré sur la barre. Une bonne annexe avec un bon moteur est préférable. Nous étions enfin à terre, sur Rapa Nui, et nous avons pu marcher pour nous rendre aux pieds de nos premiers moaï. Et nous avons instantanément oublié tout ce que nous avons dû endurer pour arriver jusqu’ici. Car c’est là toute la magie du voyage au long cours : la force du moment présent efface instantanément les galères de la traversée pour n’en garder que les meilleurs côtés.

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Athena 38
Visible :
Poros, Grèce
Année :
2002
115 000,00 €