Palm Pleasure 2

Une transat à bord d’un day-charter ! - Episode 8

Aurore n’avait que 6 ans quand son père l’a embarquée pour sa première transat. Un papa marin bien connu des passionnés des multicoques puisqu’il s’agit de Christian Hernandez, fondateur des chantiers Multicap Caraïbes (Martinique) et Multicat Algarve (Portugal). 30 ans plus tard, père et fille repartent sur l’Atlantique à bord du Punch 21.10 DC Palm Pleasure 2, un grand catamaran de day charter !

Lundi 1er juin. Arrivée à Aruba.

Il y a encore plusieurs semaines, le Palm Pleasure 2, catamaran neuf de 21 mètres construit par Multicat Algarve, quittait l’Europe pour rejoindre Aruba, où il est désormais exploité par De Palm Tours en day charter. Il y a retrouvé son « grand frère », le Palm Pleasure 1, construit il y a 25 ans par Multicap Caraïbes, en Martinique. Derrière cette livraison, il y avait donc plus qu’un simple convoyage : une continuité de chantier, de savoir-faire, de confiance, et d’histoires familiales des deux côtés.

Pour moi, cette traversée a largement dépassé le cadre du convoyage professionnel. J’avais envie de repartir en mer avec mon père. De vivre cette aventure avec lui, une nouvelle fois, et d’essayer d’apprendre tout ce que je pouvais encore apprendre de sa passion pour l’océan, les bateaux et la navigation. Bien sûr, il y a eu le mal de mer, les journées où le corps suit moins facilement, et le manque de confort au quotidien, pourtant, je crois que cette traversée m’a aussi permis de me découvrir plus capable que je ne l’imaginais. Et il y a surtout eu tous ces moments que j’emporterai longtemps avec moi : les couchers de soleil flamboyants, Vénus, les étoiles et la Lune, le bruit de l’océan, et les dauphins, encore et encore. Nous en avons vu beaucoup, bien plus que ce que j’avais déjà eu la chance de voir jusque-là. Un spectacle presque irréel, et sans doute l’un de mes souvenirs les plus forts de toute la traversée.

Ce que je n’avais pas vraiment prévu en repartant traverser l’Atlantique, c’est que l’océan ne coupe plus tout à fait du tumulte du monde. Quand j’étais enfant, une traversée voulait dire disparaître un peu et se déconnecter. Cette fois, même au milieu de l’Atlantique, nous avions le Wi-Fi (merci Starlink !). Une connexion assez présente pour créer un lien permanent avec la terre, mais pas toujours assez stable pour travailler confortablement. C’était étrange de se sentir à la fois au large et encore happée par le rythme du monde.

L’arrivée à Aruba a été à l’image de la traversée : intense, attendue et chargée d’émotion. L’émotion venait surtout des visages qui nous attendaient. Le dirigeant de De Palm Tours, très touché d’accueillir ce Palm Pleasure 2 après le premier catamaran commandé par son père il y a 25 ans. L’équipe, dont certains membres étaient déjà venus chez nous en Martinique à l’époque. L’un d’eux s’est même souvenu de moi comme de la petite fille qui les réveillait le matin en jouant de la batterie. Autant dire que certains souvenirs traversent les années presque aussi bien que les bateaux ! Et puis il y avait le futur Capitaine du Palm Pleasure 2, qui l’attendait avec une impatience évidente. Pour nous, c’était la fin du convoyage. Pour lui, c’était le début d’une nouvelle histoire. Après plusieurs semaines en mer, être accueillis ainsi donnait un sens très concret à toute la traversée. Le multicoque n’était plus seulement un projet, une livraison, ou une route à tenir. Il devenait le bateau de ceux qui allaient le faire vivre.

Je suis revenue à Paris avec autre chose qu’un carnet de bord : des images que je garderai longtemps dans ma tête, les apprentissages et les partages précieux de mon Capitaine et mes coéquipiers, quelques limites rencontrées, mais surtout beaucoup de gratitude d’avoir eu la chance de reprendre la mer avec mon père vingt-huit ans après ma première traversée.

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