Ilovent

Contourner l’Afrique, contre vents et courants

L’équipage d’Ilovent continue son voyage autour du monde. Après avoir traversé l’océan Indien, Fabienne et Jean-Charles ont rencontré devant leurs étraves un mets de choix : le contournement du sud du continent africain, et, cerise sur le gâteau, le doublement du cap des Aiguilles, alias le cap des Tempêtes.

Huit cents milles, c’est la distance qui sépare Richards Bay, à l’est de l’Afrique du Sud, de Cape Town, à l’ouest. Si l’on s’en tient à notre expérience, notre moyenne quotidienne à bord d’Ilovent est d’environ 150 milles, soit 6,25 nœuds. En théorie, le contournement de cette partie sud du continent devrait nous prendre un peu plus de 5 jours. Mais, la géographie et la météorologie étant ce qu’elles sont dans cette partie du monde, avec leur fâcheuse tendance à vouloir s’opposer à notre progression, plusieurs semaines vont s’avérer nécessaires. Pour commencer, nous sommes très sud en latitude, et les dépressions qui circulent entre l’Antarctique et le sud de l’Afrique se succèdent à une cadence d’une tous les deux à cinq jours. Il y a aussi les courants. Le courant des Aiguilles qui longe l’Afrique de Durban à Port Elizabeth est un vrai fleuve dans la mer. Nous avons eu jusqu’à 6 nœuds. Quand le vent des dépressions rencontre le courant des Aiguilles, les vagues qui se forment peuvent atteindre jusqu’à 15 m de hauteur : ce sont les fameuses vagues scélérates. Nous avons expérimenté pendant une heure 4 nœuds de courant et 20 nœuds de vent contraire, non prévus par la météo lors du trajet entre Durban et East London. Les vagues, presque verticales, ont très vite atteint 3 m.
Plusieurs fois, nous avons cru que tout allait casser. Heureusement, ça n’a pas duré. Le contournement de l’Afrique se fait en plusieurs escales : Richards Bay, Durban, East London, Knysna, et enfin Hout Bay, au sud du Cap. Chaque départ s’est avéré être plutôt stressant, car il faut passer dans le temps imparti par la fenêtre météo : 48 heures, pas une de plus. 
Lorsqu’on navigue en Afrique du Sud, il est fortement recommandé de s’inscrire auprès de l’OSASA (www.osasa.org.za). En effet, les conditions peuvent être très dangereuses et se détériorer rapidement, et il est fortement conseillé de signaler en avance les horaires de départ et d’arrivée. A chaque escale, un réseau de volontaires de l’association assure l’accueil, comme Elmarie à Richards Bay, ou Vince à Durban. Dans les autres ports, l’accueil par les yacht-clubs est des plus chaleureux : Braai à East London, Mike et ses conseils avisés pour prendre la passe à Knysna, ou encore Richard à Hout Bay. Après Durban, nous sommes repartis vers Knysna. Quel contraste avec Durban, on se serait crus à l’île de Ré, une véritable baie de carte postale ! Le sud de l’Afrique était pour nous une étape incontournable du tour du monde – Bonne Espérance est l’un des trois caps mythiques des grandes courses autour du monde. 
Nous sommes donc fiers d’avoir doublé ce cap, même d’est en ouest. Nous avons atteint Hout Bay le 20 décembre, cueillis à l’entrée par un bon vent catabatique de plus de 40 nœuds. Les 10 jours d’escale ont été les bienvenus, tant pour réparer Ilovent que pour reposer l’équipage.

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