Numéro : 238
Parution : Août / Octobre 2026
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Longtemps associé à la recherche de performances ou de vitesse, le nautisme évolue aujourd'hui vers une approche plus contemplative. Baptisée « slow boating » ou « slow nautisme », cette tendance s'inspire directement du slow tourism : naviguer moins loin, moins vite, privilégier les escales, découvrir les territoires traversés et limiter la consommation d'énergie.
Si le phénomène est particulièrement visible en croisière côtière, il gagne également le domaine fluvial, où houseboats, catamarans habitables et petites unités électriques séduisent un public en quête d'autonomie et de simplicité. Le Cannes Yachting Festival a d'ailleurs choisi d'en faire l'un des thèmes de son édition 2026.
Cette évolution correspond à une véritable attente des plaisanciers. Selon une étude menée par la Fédération des Industries Nautiques en 2023, 72 % des navigateurs interrogés souhaitent ralentir leur rythme de navigation, 65 % désirent réduire leur consommation de carburant et 58 % expriment une lassitude face aux itinéraires imposés. Plus largement, l'aspiration à un tourisme plus apaisé se confirme également à terre : une enquête internationale menée par Booking.com auprès de plus de 27 000 voyageurs dans 33 pays révèle que 67 % d'entre eux souhaitent découvrir des destinations moins fréquentées et vivre des expériences plus immersives.
Pour les multicoques, cette évolution n'a rien d'une surprise. Grâce à leur faible tirant d'eau, leur stabilité naturelle et leurs importantes surfaces disponibles pour l'installation de panneaux solaires, ils constituent probablement les plateformes les mieux adaptées à cette nouvelle manière de voyager. Plus qu'un moyen de transport, le bateau devient un véritable lieu de vie où le mouillage, l'escale et le temps passé à bord prennent autant d'importance que la navigation elle-même.
Cette philosophie inspire désormais des projets très variés. Les HopYacht 30, Millikan M10, Lakai 32KS etLoopia 290 Family privilégient une propulsion électrique associée à une carène particulièrement efficiente pour proposer une croisière silencieuse et sobre. Le Neuland 37, tout comme le Kroland II, remet au goût du jour le powercat compact à déplacement, conçu pour parcourir de longues distances à vitesse modérée avec une consommation réduite. Quant aux E-40 Earthling, Elight 44 et Rapido 500 Eco Power Cat, ils poussent encore plus loin le concept d'autonomie énergétique grâce à une importante production électrique embarquée. À une autre échelle, des projets comme le Van Cat 25 ou le Wildkat 6.10 démontrent qu'il est également possible de vivre le slow boating avec des multicoques transportables, inspirés de l'univers de la vanlife, capables d'explorer aussi bien le littoral que les voies navigables intérieures. Ces dernières, quand elles sont assez larges, conviennent parfaitement à des catamarans à voile… démâtés.
Cette évolution remet également en lumière certains multipowers apparus bien avant que le marché ne soit prêt à les accueillir. Lancé en 2010, le Lagoon 40 MY proposait déjà une approche radicalement différente du powercat sportif alors en vogue. Avec ses carènes à déplacement issues du Lagoon 39 voile, sa vitesse max limitée à 11 noeuds et sa consommation particulièrement faible, il privilégiait l'autonomie, le confort, le cabotage et un design anti bling-bling. Le concept n'avait pas rencontré le succès commercial espéré, très loins de là, mais quinze ans plus tard, à l'heure où sobriété énergétique et qualité de vie à bord deviennent des critères majeurs, il apparaît presque visionnaire – et d’ailleurs repris aujourd’hui par les Aventura 37 et 45 Explorer.
Cette mutation s'accompagne également d'une réflexion sur les infrastructures. Partout dans le monde, marinas, bases de location et gestionnaires de voies navigables développent désormais des itinéraires favorisant les étapes courtes et la découverte des territoires plutôt que les longues navigations sous moteur. Une évolution qui accompagne l'arrivée de nouvelles générations de bateaux davantage conçus pour vivre à bord que pour battre des records de vitesse.
Plus qu'un simple effet de mode, le slow boating semble ainsi traduire une évolution profonde de la plaisance mondiale. Et nos multicoques apparaissent plus que jamais comme les ambassadeurs naturels de cette nouvelle façon de voyager sur l'eau, qu'il s'agisse des lagons tropicaux, des côtes tempérées ou des grands réseaux fluviaux.
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