Multicoques Match

MULTICOQUES MATCH : Frugalité heureuse sur un engin spartiate ou abondance occidentale à bord d’une machine luxueuse ?

Publié le 01 février 2016 à 0h00

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Erik Hubert

Jeunesse à fréquenter l’école de voile de Cannes, plusieurs convoyages Oran-Marseille à bord d'un Tahiti Ketch (norvégien en bois de 9 m plan John Hannah, sistership d’Atom de Jean Gau). Croisières en mer Baltique, régates, puis raid en solo de la Martinique au Venezuela sur un V500 : petit quillard de 5 m, sans moteur, sans radio ni cartes, pas de frigo, pas d’annexe et pas de… budget, une aventure qui le porte encore ! Plus tard, capitaine de Grand Bleu CNB 76', de Victoria T CNB 105', Only Now CNB 104' (essais chantiers et mise en main client). Chef de projet chez Palmer&Johnson USA (refit de "Charisma" Feadship de 145'), chez CNB : construction neuve du Frers 104' tout carbone ; plus grosse quille pendulaire et plus grande coque carbone infusée en one shot de l'époque, chez Sylverstake : refit du Phocéa, chez Composite Works : refit du Perini Navi 53m Jasali II), actuellement coordinateur de Production pour Pinmar chez Nobiskrug (peinture de Titan et Extasea, 80 m et 86 m).

Multicoques Math : engin spartiate ou luxueux

"Je viens d’effectuer un tour du monde, soit 7 années d'aventures, de folles glissades sur la houle océane, de rencontres improbables et de paysages époustouflants. Sputnik, mon petit catamaran de 11,50 m (3,8 t lège) est rapide et simple ; dessiné et construit en 1987 par Marc Ginisty, il m'a permis de réaliser cette aventure. Si c'était à refaire, repartirais-je avec lui ? La réponse est évidemment oui ! Lors de l'achat de cet oiseau des mers, j'ai eu des doutes et des angoisses sur mon choix ; après avoir accompli ce parcours, je suis convaincu des avantages du multicoque simple. La première qualité d’un navire, quelle que soit sa taille, est d'être marin et sûr ; en petit multicoque, la sécurité est liée à la vitesse , il faut aller vite pour éviter le mauvais temps ! Sur l'ensemble de mon périple, qui nous a emmenés jusqu'en Nouvelle-Zélande puis en Afrique du Sud, je n'ai jamais navigué par plus de 40 nœuds de vent. Lors de notre transat retour, nous avons longé avec précision deux dépressions sur leurs flancs sud, avec les orages sur bâbord et le soleil sur tribord, avant de rejoindre un front qui nous a déposés aux Açores ! Il fallait donc une bonne couverture météo (fichiers Grib-Iridium) et un bateau rapide que l'on peut positionner là où il faut ; pour cela, il faut être léger. Un multi léger passe bien à la mer et sa structure subit moins d'efforts ; on retrouve le bonheur de barrer, de guider l'étrave d'un petit coup de barre dans le creux de la vague pour voler sur des surfs interminables. Par petit temps, le grand reacher permet de glisser en douceur pendant des jours et des jours, du pur bonheur ! A bord de Sputnik, nous n'avons pas d’alternative puisque la mécanique se résume à un seul Yamaha 9.9 hb monté dans l'axe, mais qu'importe, il suffit de border l'écoute et le turbo s’enclenche ! La seconde qualité du bateau de voyage est la fiabilité. J’ai rencontré beaucoup de navigants coincés dans un chantier pendant des semaines à attendre l'arrivée d'une pièce ou d'une carte électronique ; paradoxe : cela semble être le quotidien et le sujet de conversation numéro un des voileux ! Pour éviter ce problème, j'ai fait le choix de la simplicité. Pas de réfrigérateur ni de four, pas de groupe électrogène ni de circuit 220 V ; pas de douche intérieure ni d’eau chaude ! C'est génial, rien ne peut tomber en panne, le bateau est plus léger et mes équipières ont été enchantées par l'aventure tout au long du parcours ! Ce qui est perdu en confort matériel est largement compensé par le rapport direct à la nature, le contact avec les éléments, le plaisir de retrouver de vraies sensations, de vivre une histoire forte et exceptionnelle. A l'époque du tout écolo, il serait peut-être temps d’admettre que le meilleur moyen de respecter notre environnement est de réduire notre consommation énergétique et nos exigences matérielles. Tout le temps, l’énergie et l’argent perdus pour acquérir et entretenir un voilier doté des ressources complexes d'une maison, nous le passions à nous émerveiller, faire de la voile, explorer les extraordinaires fonds marins, nager avec les requins, escalader des îles perdues, rencontrer les habitants de contrées lointaines, chercher des fruits dans la jungle et tant d'autres choses ! A la lumière de cette expérience, je crois que le multicoque idéal doit être rapide, léger, bien dessiné avec une nacelle haute pour éviter le slaming, un roof bas pour limiter le fardage en augmentant les performances au près et le plus simple possible techniquement. Ainsi, il offrira la sécurité de ses qualités dynamiques, le plaisir de naviguer lié à ses bonnes performances et la facilité d'entretien découlant de sa rusticité. Le choix ne manque pas et dépend du budget : l'aventure est au bout du quai !"

Multicoques Math : engin spartiate ou luxueux

Pascal Bainée

57 ans, formation d’autodidacte. Il navigue depuis l'âge de huit ans. Organisation d'événements sportifs de 1980 à 1991. Créateur d'entreprise dans la data et la fabrication de cartes à puces 1993-2009. Lancement d'une unité de fabrication française de vélos électriques pliants 2010-2013. En ce moment, création d’une start-up dans la gestion digitale liée à la protection contre les contrefaçons.

Multicoques Math : engin spartiate ou luxueux

"Il y a vingt ans, je suis devenu propriétaire de mon premier catamaran pour encourager mon épouse à me suivre sur les mers ; les volumes internes d’un multicoque correspondant à sa vision de l’espace à vivre, je n’avais pas le choix ! Ce n’est pas la folie des grandeurs, mais un certain nombre d’expériences significatives qui m’ont fait passer d’un 40’ à un 46’, puis d’un 49 à un 57’, à un 62 pieds et enfin à un Privilège 615. Notre catamaran est un lieu de convivialité et de partage avec nos amis et leurs enfants lorsqu’ils viennent passer du temps avec nous. Pour assurer une vie collective harmonieuse, chacun doit avoir un lieu pour se retirer et ne pas être obligé de vivre 24h/24 en communauté, à l’extérieur comme à l’intérieur ; pour cela, la taille du bateau est essentielle. Les cabines du Privilège 615 honorent leurs noms ; les invités ont toute la place pour ranger leur bagages et l’espace nécessaire à leur intimité sans être obligés de partager douches ou cabinets de toilette. La cuisine tient évidemment une place centrale dans la qualité de la vie à bord ; les unités de froid et les placards de stockage doivent donc être suffisamment grands pour entretenir la bonne humeur de l’équipage et assurer de bons repas pendant le temps de la croisière. Le moment clé de l’apéritif peut aussi s’éterniser, le besoin de glaçons est vital ! L’autonomie électrique constitue un autre enjeu majeur ; s’il faut instituer le couvre-feu deux heures après le coucher du soleil (surtout dans les Caraïbes), cela devient insupportable. L’espace d’un 60’ abrite aisément un parc de batteries généreux, un groupe électrogène et des panneaux solaires sans que cela devienne un handicap pour l’espace aménagé ou le poids du bateau. Les douches à l’eau douce sont fréquentes (rinçage dans les jupes après chaque baignade, toilettes dans les cabines en début et fin de journée, plus la cuisine, la vaisselle...) ; la capacité des réservoirs associée au dessalinisateur permet un usage sans contrainte. Les premières fois, à la barre de mon Lagoon 620 précédent, j’ai eu peur d’avoir dépassé mon seuil de compétence, et quelques amis m’ont traité de fou. Aujourd’hui, craintes et critiques ont disparu, mais j’ai gardé l’habitude de largement anticiper les manœuvres (en mer comme au port). A bord d’un catamaran, il faut quand même savoir résister à la tentation d’embarquer un capharnaüm de choses diverses et variées et respecter le sacro-saint devis de poids ; la surcharge entraîne de mauvaises conditions de navigation. Pourtant, lors d’un long périple, il est utile de disposer d’un outillage adapté et de pièces de rechange ; la loi de l’emmerdement maximum ne frappe pas uniquement au port, en face du spécialiste ad hoc ! Sur des catamarans de petite taille, l’accessibilité mécanique est aléatoire, le changement d’une courroie dans un coqueron exigu est délicat, or intervenir vite est un gage de sécurité. Il est vrai que si je dois régater avec mon 60’ contre une unité plus petite, je mettrai plus de temps pour envoyer ou ariser la grand-voile, mais la longueur de flotteurs améliore tellement le confort de navigation par mer formée ! Sur un petit cata, les réactions saccadées deviennent désagréables pour l’équipage et fatigantes pour le matériau ; une nacelle trop basse favorise les chocs. La hauteur de franc-bord généreuse et le volume des coques d’un gros bateau évitent clairement le risque d’enfourner ou de sancir par très grosse mer ; les déplacements sur le pont sont moins périlleux, les winches et enrouleurs électriques permettent aussi de réagir plus vite. Ce parti pris du cata de grande taille est basé sur une vision personnelle de la vie à bord d’un multicoque, où convivialité et sécurité sont les maîtres mots de mon plaisir de naviguer."

Multicoques Math : engin spartiate ou luxueux

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