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NEEL 47 : Trois coques pour la grande croisière familiale

En moins de dix ans, un constructeur rochelais artisanal est devenu une référence internationale en matière de trimarans de croisière. Soit une aventure industrielle exceptionnelle. Le lancement du 47 – et sa présentation au dernier Salon du Multicoque à la Grande Motte – est bien sûr l’occasion idéale de raconter la saga Neel.

Un site de production en pleine mutation

La gamme Neel est née en 2009 avec le prototype de 50 pieds. Eric Bruneel – son nom explique celui de la gamme, mais aussi un certain Corneel 26 des années 1980 – est un spécialiste de la vente de multicoques ; il a été longtemps le directeur commercial export de Fountaine Pajot et coureur en Multi 50. C’est lui qui revisite le concept du trimaran de croisière avec l'aide du cabinet Joubert-Nivelt. S'inspirant des pionniers anglais et américains (Paul Weychan, Arthur Piver, Jim Brown…) qui avaient osé profiter de la fantastique surface de pont des trimarans pour les rendre plus habitables, les Rochelais redécouvrent une nouvelle voie et s'engouffrent dans cette niche de marché négligée par les autres acteurs d'importance. Un défi intrépide couronné de succès : le Neel 45 est vendu à des dizaines d'exemplaires. La fabrication s'effectue alors pour partie en sous-traitance dans les chantiers Marc Pinta (aujourd'hui intégrés dans l'outil de production Neel). Rapidement, la nécessité d'une usine dédiée au nouveau 51 se fait sentir, ce premier site de fabrication "ex nihilo" permet la mise en chantier simultanée de trois unités, et le 51 trouve sa clientèle. Le lancement du nouveau Neel 47 réclame une autre stratégie industrielle, et c'est une chaîne de fabrication de quatre unités – une sortie toutes les 3 semaines - qui est bâtie et livrée à l'automne 2018. La réunion des trois sites de construction sur la même dalle technique du port de La Rochelle rationalise les échanges autour du bureau d'études commun. Le service commercial, quant à lui, dispose d'un véritable outil d'accueil et d'information des futurs acheteurs. Avec 90 collaborateurs, 6 000 m2 de site de production et 25 trimarans de 47' en commande en 2019, Neel vient de franchir un pas de géant et s'installe dans le club des constructeurs de multicoques de notoriété internationale. 

 

Un aileron central plus profond

La fabrication du 47 est intégralement réalisée en interne. Le processus d’infusion s’effectue classiquement en deux phases : d’abord la coque centrale avec les ailes et les demi-coques intérieures de flotteurs (en one shot), puis les demi-coques extérieures ; elles sont liées ensuite par stratification dans l’axe de quille. Les cloisons maîtresses traversantes d’une seule pièce (renforcées carbone sur le pourtour) épousent la totalité de la forme trimaran et sont collées puis corniérées grâce à un collage et à une stratification manuels. La pose du pont et des cloisons secondaires complète l’effet de boîte mécanique homogène. Les calculs de structure sont effectués à partir des habituelles données critiques - bateau rattrapant une vague à grande vitesse, navigation par mer formée de travers… La fabrication utilise des résines polyester de qualité anti-osmotique (vinylester en œuvres vives) avec une mousse PVC 80 kg/m3 et des tissus de verre quadri-axiaux. L’épontille de mât constituée d’une poutre aluminium de section carrée est adossée à une cloison maîtresse pour prévenir tout flambage. Le moteur est installé dans un compartiment séparé sur un châssis solidaire de la coque centrale, le tube de jaumière stratifié en fond de coque est équerré en partie haute par une puissante tablette qui accueille le pilote et les retours de drosses textiles. La carène présente une courbure (rocking) moins marquée que le 51 avec des entrées d’eau fines et une mise en volume harmonieuse ; les sections s’épanouissent et s’aplatissent généreusement à l’arrière pour favoriser le planning en supportant la charge maxi. Le profil du safran compensé est classique pour ce type de multicoque, et bénéficie d’un bon allongement ; l’aileron central antidérive, assez court - en longueur - est plus profond que sur les générations précédentes, à l’instar des dernières productions du cabinet Lombard. L’objectif est bien sûr le meilleur compromis efficacité/tirant d’eau.

 

Un plan d'emménagement entièrement dédié à la croisière familiale

Avec ce cinquième modèle, le constructeur démontre qu'il dispose désormais de la capacité à proposer un multicoque au cahier des charges très ciblé. Le 47 s'adresse en effet à des futurs propriétaires voyageurs qui vont pratiquer la grande randonnée en équipage réduit - ce qui signifie, la plupart du temps, en couple – tout en conservant la possibilité d'accueillir à l'escale enfants ou amis sans perdre leurs repères d'intimité. Eric Bruneel et son équipe ont repensé l'aménagement intérieur de la coque centrale pour en faire un espace de vie et de navigation totalement orienté vers cet usage.  

 

Une coque centrale "espace de pilotage"

L'organisation innovante de la nacelle est la marque distinctive du 47 ; en navigation, tout se passe ici, et le couple de navigateurs ne se disperse pas aux extrémités des coques. Meilleure vigilance et économie d'énergie peuvent faire la différence dans des conditions délicates. Le cockpit est vaste : il peut aussi accueillir une joyeuse bande à l'happy hour. Cet espace est modulable : cette terrasse nautique au mouillage passe du patio au salon extérieur toutes saisons grâce à un jeu de cloisons textiles. En mer, on pourra choisir d'y dîner par beau temps ou rejoindre le carré intérieur - les tables sont mobiles. En cuisine, le "chef" dispose d'un vaste plan de travail en U très ergonomique et assure une veille efficace depuis ce bow-window marin ; il reste en contact intime avec son plan de voilure. La table à cartes – ou plus précisément le bureau de navigation – est mitoyenne avec une belle vision semi-panoramique. Le 47 va encore plus loin à la rencontre des attentes des navigateurs (trices) en leur permettant d'effectuer le quart diurne ou nocturne depuis… leur lit ! La cabine propriétaire est en effet totalement ouverte sur l'environnement marin sur les côtés et vers l'avant. Une cloison mobile et des rideaux occultants permettent de s'isoler à la demande.

 

Deux cabines pour les invités 

Autre arbitrage sans compromis, la séparation des cabines invités et l'absence de communication interne avec les flotteurs. L'entrée dans cet espace privatif s'effectue par un capot de descente coulissant et trois marches escamotables. On découvre alors dans le cabinet de toilette - lequel peut être équipé d'un WC. Voilà l'endroit idéal pour se dévêtir de son ciré. En franchissant la porte de séparation, on accède à une cabine confortable (lit de 140 cm de largeur), bien éclairée, ventilée et disposant de sa propre penderie. J'apprécie cette organisation de l'espace, innovante, rationnelle et pertinente.

 

Le duo gagnant : qualité et dépouillement 

Tout est de bon goût à bord du Neel 47. Les sols en Bolon sont pratiques, et le matériau superbe d'efficacité. L'ébénisterie en composite estjoliment ajustée, mais rien n'est ostentatoire. L'ensemble - en l'absence de décoration personnalisée - peut paraître ascétique à certains. Souvenons-nous cependant que, pour lâcher prise en voyage (ce qui est un peu le but, non ?), une forme de décroissance, voire de dépouillement, simplifie l'entretien du bateau... et donc la vie en mer.

 

Une soute technique et une cale moteur séparées

Comme sur tous les Neel, l'espace central sous le plancher du cockloon - un concept Neel qui est également… la contraction de cockpit et saloon - accueille la technique. Electricité à tribord, réseaux d'eau à bâbord ; il y a beaucoup de place et la hauteur sous barrot. Dessalinisateur, machine à laver le linge et atelier seront logés au sec, parfaitement isolés du reste des aménagements, ce qui permet de poursuivre l'entretien sans bouleverser la vie du bord. L'accès au moteur d'effectue par un capot situé dans le cockpit : bonne visibilité, espace suffisant et organisation lisible en l'absence des autres installations habituellement présentes favoriseront la maintenance.

Un trimaran facile à utiliser, et surtout vivant

En accédant au poste de pilotage du Neel 47, la première sensation est celle d'un multicoque à taille humaine, doté d'un plan de pont clair, efficace et bien organisé. L'accastillage Antal, d'excellente facture, est agréable à utiliser, les coulisseaux basse friction de la grand-voile ont fait d'énormes progrès. A l'envoi comme à l'affalage, les efforts semblent supprimés, les deux winches électriques de manœuvres sont parfaitement adaptés. Depuis le tender photo, j'observe le trimaran démarrer sous spi - un asymétrique Incidences remarquablement coupé, stable et bien épaulé. La mise en vitesse est immédiate et le bateau glisse entre 10 et 11 nœuds (avec 13 nœuds réels). Nous sommes cinq à bord de cette unité bien équipée en vue d'un départ grand voyage, mais le plan Lombard dévoile une belle agilité, la configuration trinquette-spi semble bien lui convenir. La petite gîte (dièdre dynamique) permet au trimaran de dégager son flotteur au vent en réduisant sa surface mouillée et améliore les écoulements du plan de voilure, cela ne diminue en rien le confort et la stabilité sous les pieds. Si vous naviguez de nouveau en catamaran, cet aspect vous manquera peut-être ! Plus tard, sous génois à faible recouvrement, j'apprécie la parfaite mise au point de la transmission par barre à roue (drosses textiles). Le diamètre de la jante Goiot en aluminium anodisé façon titane est idéal, le contact avec les drosses et l'appendice est aussi agréable que sensible. L'effet directionnel, quant à lui, est très efficace. Au virement, il convient de pré-enrouler le génois dans sa plage d'utilisation de 2 à 20 nœuds afin de permettre le passage de la voile sur l'autre amure. Un coup à prendre ; au 3virement, vous n'y penserez plus. En version mât carbone, l'inertie du profil permet l'installation d'une trinquette sur étai textile largable. Le 47 est si agile au pivotement que le manque à virer semble impossible, la relance est immédiate. Sous triquette autovireuse, avec un ris ou deux, ce trimaran de 14 m devient une véritable mobylette, capable d'enchaîner virement sur virement dans un chenal resserré, ou de rejoindre son mouillage en sécurité sous la bourrasque. Bravo pour ce plan de voilure pratique et efficace. Je n'aborde la manœuvrabilité au moteur que pour louanger le silence et la motricité du Volvo 60 CV (9,8 nœuds de vitesse maxi avant rodage) ; le propulseur d'étrave est un véritable "peace maker" en manœuvre portuaire, pour les prises de coffres ou autre mouillage venteux.

 

Conclusion

Il est facile d'apprécier le Neel 47, car son cahier de charges vient à la rencontre du multicoquiste voyageur. La facilité de manœuvre, la visibilité extraordinaire de la nacelle de vie, l'accessibilité et la lisibilité de la technique, la gestion simplifiée du plan de voilure grâce au gréement de cotre permettent à l'Ulysse moderne et à sa Pénélope – que nous rêvons tous ou presque d’incarner, c’est pour bientôt ! - d'accéder sereinement au rêve envisagé. Le chantier a bien analysé le programme et y répond avec un multicoque agréable à utiliser, facile à manœuvrer et à vivre. 


Le point de vue de l'architecte, par Marc Lombard

A l’heure où le marché voit l'arrivée continue de nouveaux catamarans, il était important de diversifier l’offre des multis de croisière. Configuration très prisée dans le domaine de la course au large (nous contribuons depuis toujours à leur évolution), le trimaran offre aussi une alternative très intéressante dans le domaine de l'habitable. Quand Neel Trimarans nous a demandé de dessiner le 47, nous avons été très enthousiastes. Doté d’une habitabilité potentiellement plus importante que le catamaran, le trimaran offre nombre d’avantages : en premier lieu, les sensations de barre qui sont potentiellement meilleures, le déplacement du bateau étant porté principalement par la coque centrale ; la stabilité directionnelle est moindre et la réactivité à la barre meilleure. Le système étant plus simple (un seul safran), il y a moins de frictions et une douceur de pilotage accrue. Le bilan de la surface mouillée est plutôt meilleur, ce qui est un plus dans le petit temps. Grâce a la gîte un peu plus importante que sur le cata, le plan de voilure est plus simple à faire porter dans le petit temps, il est également plus stable et décroche moins facilement ; une aide dans la mer formée. Avec une coque centrale volumineuse, les poids sont mieux centrés que sur un cata ; les réservoirs et les équipements techniques du multi de croisière moderne se retrouvent au centre du navire plutôt qu’aux extrémités, ce qui va dans le bon sens pour réduire le tangage, maladie des croiseurs multicoques en général. L'aileron antidérive est plus profond que sur un cata, il travaille mieux et permet un angle de remontée au vent plus favorable. La surface de pont est énorme, et à partir d'une certaine longueur, il est possible d'aménager les flotteurs ; la surface habitable devient véritablement impressionnante. On notera une gîte (5 à 7°, au lieu de 3 ou 4° sur un cata) et un encombrement au port un peu plus importants. Neel Trimarans a su le premier faire évoluer le concept du tri de croisière ; modèle après modèle, le résultat est de plus en plus séduisant. 


Descriptif technique

Architecte : Marc Lombard/Yacht Design Group

Constructeur : Neel Trimarans (La Rochelle/France)

Matériau : sandwich mousse/verre/polyester (renforts carbone sur les entourages de cloisons maîtresses).

Longueur : 14,20 m/47 ft

Largeur : 8,30 m/27 ft

Déplacement lège armé : 10,6 t

Surface GV : 70 m2/753 sq.ft

Génois : 50 m2/538 sq.ft

Trinquette : 20 m2/215 sq.ft

Tirant d'air : 19 m/62,3 ft

Motorisation : Volvo 60 CV

Transmission : Saildrive

Prix HT : 449 000 €

Principales options HT

-      Pack Premium : 39 000 € (incluant voiles dont GV à corne, électronique, guindeau, propulseur d'étrave, revêtements de sol intérieurs, sellerie extérieure et antifouling avec primaire époxy). 

PLUS

 

– Gréement de cotre séduisant

– Agrément et sécurité de la nacelle

– Manœeuvrabilité et performances en croisière

– Barre agréable et efficace 

MOINS

– Pas de saute-vent de protection des descentes de flotteurs

– Module de traveler textile de trinquette à augmenter et surgainer

– Encore un petit effort de finition (quincaillerie marine, protection des champs CP sous les planchers, top coat dans les zones peu accessibles

– Support pilote à renforcer

 

LES ESSENTIELS

. Un multicoque facile et agréable à utiliser

. Un plan d'aménagement et de pont réellement dédié au voyage en équipage réduit

Modèle

Chantier

Surface au près en m2

Poids en t

Prix de base en €, £ ou $ HT

SAONA 47

Fountaine Pajot

127

13,3

496 000 €

LEOPARD 45

Robertson/Caine

124

14,5

399 000 €

BALANCE 451

Balance cats

132

8,4

477 000 $

NAUTITECH 46

Nautitech

112

10,8

413 000 €

BALI 4.5

Bali

111

11,6

391 540 €

 

LAGOON 46  

Lagoon

  140

16,6

433 000 €

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