10 idées reçues sur les multicoques

Vrai ou faux ? Multicoques Mag vous répond !

Même si le concept du multicoque, c’est-à-dire celui d’une embarcation à plusieurs coques, est très ancien, la popularisation des catamarans et trimarans de plaisance modernes est assez récente. Un succès qui attise la curiosité de certains habitués de monocoques tout en braquant le jugement d’autres plaisanciers. Au-delà des polémiques stériles, si l’on part du principe qu’aucune embarcation n’est parfaite, il est légitime de se poser des questions. Pour valider certains constats factuels mais aussi tordre le cou à quelques croyances qui ont la vie dure, faisons un point sur 10 des idées reçues les plus communes sur les multicoques.

Un multicoque, ça coûte plus cher à l’achat qu’un monocoque

Oui et non

A longueur égale, un multicoque est bien plus onéreux qu’un monocoque, que ce soit à l’achat neuf, en occasion ou à la location. <br/>Mais à surface équivalente…
A longueur égale, un multicoque est bien plus onéreux qu’un monocoque, que ce soit à l’achat neuf, en occasion ou à la location.
Mais à surface équivalente…
C’est sans doute la première remarque que l’on entend à propos des multicoques.
En fait, si l’on se contente de comparer un monocoque et un multicoque de série de même taille, la différence de prix est évidente. Pour autant, il faut comparer ce qui est comparable.
Pour la même longueur, un multicoque va offrir une surface habitable bien supérieure. A titre d’exemple, un multicoque de 40 pieds dispose d’une surface habitable équivalente à celle d’un monocoque de 50 ou 55 pieds. Dès lors, il est logique de comparer un multicoque de 40 pieds avec un monocoque de 50 pieds. Le niveau de finition est également à prendre en compte et, là aussi, les multicoques font souvent mieux.
Pour exemple, un Lagoon 43 correctement équipé est vendu autour de 600 000 €, alors qu’un Dufour 54, offrant une surface habitable comparable, est facturé autour de 700 000 € pour une version équipée.

Un multicoque, ça ne remonte pas au vent

Largement faux

Nombre de multicoques sont désormais capables  de remonter au vent avec des angles équivalents à ceux des monocoques.
Nombre de multicoques sont désormais capables de remonter au vent avec des angles équivalents à ceux des monocoques.
Tous les multicoques à dérives et/ou orientés performance sont capables d’un excellent cap au près ; l’avènement de modèles avec de longs appendices – parfois courbés – et des mâts rotatifs permet aujourd’hui de prétendre à d’excellents rendements. Lors de nos derniers essais, nous avons relevé au près serré un angle de 30° du vent apparent à bord du HH44, et même de 24° pour le Cure 55 présenté dans ce numéro. Quant aux trimarans comme les Neel ou les Rapido, ils s’en sortent très bien au louvoyage.
Evidemment, les quillons font moins bien que les dérives sabres – ils doivent être comparés à des configurations dériveur lesté chez les monocoques. Les catamarans de grande série se contentent de remonter de 45 à 60° du vent réel. A noter que les unités les moins performantes sont celles qui souffrent d’un fardage excessif (tente de flybridge, en particulier) de la traînée d’hélices fixes.

À la barre d’un multicoque, on n’a pas de sensations

Oui et non

Même à plat, le catamaran devient plaisant à barrer et offre parfois le plein de sensations pour peu que la brise soit au rendez-vous.
Même à plat, le catamaran devient plaisant à barrer et offre parfois le plein de sensations pour peu que la brise soit au rendez-vous.
Nombre de plaisanciers associent le plaisir de naviguer à bord d’un monocoque avec les sensations apportées par une barre légère ardente – oubliant au passage que le voilier gîte, au grand dam de tout l’équipage. C’est vrai qu’un catamaran relativement lourd et qui reste à plat offre des sensations moins flatteuses, et que la barre, par petit temps, sera peut-être plus vite confiée au pilote automatique. Mais, compte tenu des mécanismes de barre, désormais beaucoup plus souples, et des possibilités de vitesse aux allures débridées, on a parfois l’impression de piloter une Formule 1 avec du spray aux étraves… le tout avec une stabilité et un confort que l’on ne trouve pas sur les monocoques. Précisons que les trimarans, grâce à leur légère gîte, parviennent à offrir des sensations très proches (en tout cas au près) de celles que dispensent les monocoques.

Un multicoque n’est pas adapté aux débutants

Faux

De nombreuses manœuvres sont plus aisées sur un multicoque grâce à sa stabilité et l’absence de gîte.
De nombreuses manœuvres sont plus aisées sur un multicoque grâce à sa stabilité et l’absence de gîte.
Cette vieille croyance tire son origine dans les images de course au large avec des catamarans ou des trimarans pensés uniquement pour la performance et menés par des marins très expérimentés. En ce qui concerne les multicoques de plaisance, il existe bien sûr différents types de supports ; on peut certes opter pour des unités très rapides en carbone avec des systèmes très sophistiqués, mais 95 % du marché est constitué de catamarans et de trimarans plus petits, moins sportifs, et surtout facilement manœuvrables par un équipage réduit ou peu expérimenté.
Les deux avantages principaux des catamarans sont la présence de deux moteurs qui simplifient considérablement les manœuvres de port et l’absence de gîte qui facilite l’accès au pont avant ou au pied de mât.
La meilleure preuve que le multicoque est plus accessible que le monocoque ? 50 % des acheteurs de multicoques sont des débutants – une proportion à diviser par deux pour les monocoques.

Un multicoque, ça peut chavirer

Oui et non

Ce sont avant tout les vagues qui font chavirer un bateau habitable.
Ce sont avant tout les vagues qui font chavirer un bateau habitable.
Malheureusement, tous les bateaux sont susceptibles de chavirer ; tout dépend des conditions de mer et du bateau en question. Une déferlante haute de 30 à 50% de la longueur d’une embarcation, quelle qu’elle soit, suffit à la faire chavirer. Les critères de sécurité par gros temps sont donc avant tout la longueur et ensuite le poids. Jusque-là, rien ne distingue un multicoque d’un monocoque. Intéressons-nous aux multicoques de moins de 50 pieds et de 10 tonnes ; dans des conditions normales, en raison de leur largeur et de sa répartition des poids, ces unités « petites et légères » font preuve d’une stabilité bien supérieure à celle des monocoques de même gabarit et le chavirement dû au vent (trop) fort est extrêmement rare mais peut survenir si le grément ne cède pas. Chaviré, le multicoque ne reviendra pas dans sa position normale de lui-même alors qu’un monocoque a quelque chance de revenir à l’endroit grâce à son lest… qui risque bien de l’envoyer au fond.
En marge de cette question du chavirage, il convient aussi de rappeler les avantages intrinsèques aux multicoques en matière de sécurité : tout d’abord, ils ne coulent que très rarement. Quant aux catamarans, le fait qu’ils soient équipés de deux safrans permet de continuer à barrer le bateau en cas d’avarie sur un safran. Même chose pour la navigation au moteur où la présence de deux mécaniques est un gage de sécurité.

Un multicoque, c’est moche…

Oui et non

Honnêtement, vous ne le trouvez pas beau, le Gunboat 80 ?
Honnêtement, vous ne le trouvez pas beau, le Gunboat 80 ?
Et le Sunreef 55 Ultima ne serait-il pas plus moderne que bien des vedettes à une seule coque ?
Et le Sunreef 55 Ultima ne serait-il pas plus moderne que bien des vedettes à une seule coque ?
Voilà une notion très subjective… On associe souvent les monocoques aux unités anciennes qu’on retrouve en Méditerranée ou sur la côte Est des Etats-Unis. De conception plus récente, le multicoque affiche logiquement une allure plus moderne. Deux camps s’opposent tout de même : celui de la performance et du confort – Bugatti contre camping-car ? Dès lors, certaines unités peuvent être considérées comme fonctionnelles plus qu’élégantes, alors que d’autres affichent des formes modernes, des lignes légères voire futuristes.
Côté intérieur, les nouveaux modèles n’ont rien à envier à un monocoque moderne, bien au contraire. Les grands espaces, les meubles bien finis, la souplesse dans les aménagements permettent de laisser libre cours à ses envies de décoration.
Pour conclure, si vous êtes attaché au look « vieille marine », vous trouverez peut-être qu’un multicoque manque un peu de caractère… Mais, s’il est comparé à un monocoque moderne, les deux se valent, avec même un petit bonus pour les nouveaux venus aux lignes plus avant-gardistes. Ah, les goûts et les couleurs…

À bord d’un multicoque, on a le mal de mer

Largement Faux

Au mouillage, un multicoque est bien moins soumis au roulis qu’un monocoque.
Au mouillage, un multicoque est bien moins soumis au roulis qu’un monocoque.
C’est une affirmation que l’on entend encore souvent, et pourtant, elle est loin d’être vraie. En fait, le mal de mer est souvent provoqué par des mouvements amples et souples typiques des monocoques lestés et/ou des grands navires, alors que les petits mouvements plus secs fréquents à bord des multicoques sont à priori moins susceptibles de rendre malade. En réalité, le mal de mer est aussi provoqué par le froid, la faim, la fatigue ou la peur ; le multicoque, avec sa stabilité, sa circulation de plain-pied, sa protection dans le cockpit et son aspect rassurant, possède sur ce registre de sacrés avantages comparé à un monocoque. Au mouillage, c’est encore plus flagrant : un monocoque est susceptible de rouler bord sur bord dans certaines conditions où un multicoque restera bien à plat.

Un multicoque, ça coûte très cher au port

Plutôt vrai

De plus en plus de marinas s’adaptent et accueillent les multicoques tout en appliquant des tarifs attractifs.
De plus en plus de marinas s’adaptent et accueillent les multicoques tout en appliquant des tarifs attractifs.
Il est indéniable que le prix d’une place de port pour un multicoque est bien plus élevé que le tarif demandé pour un monocoque de même longueur. Le multicoque n’est vraiment populaire que depuis 20 ou 30 ans, et nombre de marinas ont été conçues avant cette période, pour les monocoques. Contraintes à s’adapter, les autorités ont d’abord pratiqué des tarifs élevés avant d’être tentées de réagencer quais et pontons – les ports « multifriendly » sont nés !
Il reste toutefois des inégalités dues à l’environnement ; en Bretagne (France), ou dans la baie de Chesapeake (Etats-Unis), nombre de marinas sont situées dans des bras de mer où la place est comptée. En revanche, certains ports, comme à Castelldefels (Espagne) ou St Petersbourg (Floride), ont totalement modifié leur implantation pour recevoir plus de multicoques dans de bonnes conditions.
Reste qu’il existe d’autres alternatives, à commencer par le mouillage. Grâce à son excellente stabilité, le multicoque reste très confortable à vivre à l’extérieur des brise-lames. Etre ancré ou amarré à un corps-mort dans une baie abritée permet aussi de profiter d’une petite brise, ce qui est bien agréable par temps chaud. Cela vous offre aussi la possibilité de vous adonner à vos activités nautiques préférées, que ce soit la baignade, le kayak ou le paddle. Enfin, cela vous assure plus d’intimité, et l’annexe est toujours prête à prendre du service pour vous emmener à terre.
Une dernière solution, pour ceux qui naviguent sur des unités en dessous de 40 pieds, est le multicoque repliable. Une idée ingénieuse, simple à mettre en œuvre, qui peut permettre de transporter votre multicoque et surtout vous garantit de « tenir » dans une place traditionnelle au port.

Un multicoque, c’est plus cher à entretenir

Un peu vrai

Mis à part la contrainte de gérer deux moteurs au lien d’un (en ce qui concerne les catamarans), l’entretien d’un multicoque ne coûte pas beaucoup plus cher que celui d’un monocoque.
Mis à part la contrainte de gérer deux moteurs au lien d’un (en ce qui concerne les catamarans), l’entretien d’un multicoque ne coûte pas beaucoup plus cher que celui d’un monocoque.
Certains considèrent que deux coques, c’est automatiquement deux fois plus d’entretien qu’une seule coque. Ce raccourci est un peu rapide...
En fait, le seul entretien à faire en double, c’est celui des moteurs, avec deux vidanges ou encore deux filtres à huile, etc. Toutefois, outre le fait que les deux moteurs apportent un gain de sécurité, disposer de deux systèmes de propulsion permet de moins les solliciter et de prétendre à une longévité plus importante. Si vous optez pour un trimaran, vous revenez évidemment au schéma d’un monocoque avec un seul moteur.
En dehors de ce poste mécanique, les coûts sont très proches. Cela est vrai pour le gréement, pour la voilure et pour tous les systèmes du bateau.
Reste l’antifouling et, là encore, les deux (ou trois) coques réunies représentent bien un peu plus de surface que sur un monocoque, mais, si l’on part du principe que pour obtenir l’habitabilité d’un 50 pieds monocoque, on va opter pour un 40 ou 45 pieds multicoque, on se retrouve avec des surfaces assez similaires.
Le constat est très proche quand il s’agit de gruter un multicoque ou d’effectuer un carénage. Il existe donc une différence, mais pas si importante que cela.

La charge utile d’un multicoque est limitée

Largement Faux

Les multicoques de croisière modernes sont capables d’embarquer une importante charge utile.
Les multicoques de croisière modernes sont capables d’embarquer une importante charge utile.
Chaque embarcation, qu’il s’agisse d’un bateau à moteur, d’un voilier monocoque ou d’un multicoque, possède une charge utile spécifiée par le constructeur et qui comprend le poids de l’équipage, les bagages, l’équipement de navigation et l’avitaillement. Parfois, il convient de soustraire le déplacement lège au déplacement en charge pour connaître cette indication. En résumé, la charge utile, c’est l’ensemble du poids que vous pouvez embarquer à bord et il est obligatoire de ne pas dépasser cette limite, car la sécurité pourrait être remise en cause. A titre indicatif, on estime qu’un couple en croisière représente une charge utile de 200 à 220 kg.
De nombreux plaisanciers sont convaincus que la charge utile est plus limitée sur un multicoque que sur un monocoque – sans doute en raison d’une vision très « course » de l’univers des multicoques –, alors que la réalité est plutôt inverse. En effet, grâce à la présence de deux ou trois coques, la répartition des masses est bien meilleure et l’on peut parfois charger plus un multicoque, même si cela reste à éviter pour conserver de bonnes performances. A titre d’exemple, un monocoque Bavaria 50 Cruiser profite d’une charge utile de 2,6 t, alors que le prochain Outremer 48 affiche une charge utile de 4 t. Toutefois, les choses ne vont pas toujours dans le même sens, car, si l’on compare un Swan 54 et un Balance 526, le premier peut embarquer une charge utile de 7,2 tonnes, quand le catamaran devra se contenter de 3,1 tonnes. A chaque modèle sa charge utile !

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