Course au large

Interview Armel le Cléac'h

Publié le 31 mai 2018 à 0h00

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Quel est le timing du bateau ?

Le bateau va être convoyé chez Multiplast à Vannes pour commencer les réparations (interview réalisée début mai). C’est un premier pas de franchi, parce que ce n’était pas simple de trouver un cargo rapidement et capable de charger un trimaran comme le nôtre. On ne s’en sort pas trop mal. Depuis qu’on a chaviré, on a monté une cellule de crise à Lorient avec Ronan Lucas pour trouver les chantiers qui puissent nous aider. C’était compliqué parce qu’ils sont tous aujourd’hui pour la plupart bookés. Mais on a senti une belle solidarité autour de nous pour trouver des solutions, le plus problématique pour nous étant le mât, qui conditionne la remise à l’eau du bateau. C’est Lorima qui va refaire notre mât entièrement. On a pu récupérer quelques pièces et les systèmes mécaniques. Le gréement a été commandé également. Il va falloir refaire une grand-voile. On a récupéré le gennaker. A ce jour, nous n’avons pas de date précise, mais on est dans une optique de le remettre à l’eau tout début septembre pour nous laisser 7 à 8 semaines pour être au départ du Rhum. La seule inconnue qui nous reste, c’est l’état de la plate-forme. On a fait un contrôle visuel et un tapping à Casablanca. On sait qu’il y a des endroits qui ont été abîmés, mais c’est assez isolé, et des parties où des morceaux de mât sont venus taper. Il faut tout checker, parce que le bateau a été remorqué à l’envers sur 130 milles, même si les conditions étaient assez bonnes, mais on ne prendra aucun risque. On a imaginé tous les cas de figure, même les pires, mais, dans le timing que l’on a, tout peut rentrer.

 

Tu penses que tu auras un bateau gagnant pour la route du Rhum ?


On va tout faire pour. Aujourd’hui, cela va être plus compliqué, mais tout n’est pas perdu. On a beaucoup navigué déjà dessus avec 2 transatlantiques, 3 jours en faux solo, beaucoup d’entraînements à Lorient. On a accumulé plus de 10 000 milles parcourus à bord. C’est déjà bien. Il restera la qualif à faire. Si je pouvais d’un coup de baguette magique remettre le bateau à l’eau, j’y retournerais tout de suite. C’est une vraie frustration de ne plus avoir le bateau. On était sur une bonne dynamique depuis le début. On tenait notre feuille de route. Cela fait partie des aléas de notre métier. On sait qu’il peut y avoir des coups durs, des démâtages, des casses techniques. Là, c’est un chavirage. Ce n’est pas le plus simple à résoudre. En même temps, on a récupéré le bateau, on va être au départ de la Route du Rhum, on va se préparer différemment. On ne sera pas favoris, mais on va tout faire pour. On va travailler pour cela.

 

Le chavirage ne remet pas en cause le bateau ni la sécurité ?
On se sentait en confiance sur le bateau. On avait fait 48 heures sous 35 nœuds de vent, et jamais on ne s’est sentis en danger. On avait un système de largage de grand-voile. On n’avait pas encore mis les systèmes pour les écoutes d’avant. C’est plus le sentiment d’être responsables que d’être coupables. On n’a pas fait de faute avérée. C’est une survente de vent. Aujourd’hui, j’ai compris ce qui s’est passé. Je ne me refais pas le film. On va sortir grandis de ça. C’est sûr que cela fait mal, mais c’est vrai qu’on avait peut-être oublié que ces bateaux-là pouvaient chavirer. Pour moi, cela va me servir pour le futur en me disant que cela peut arriver à n’importe quel moment.

Naviguer sur ces nouveaux bateaux équipés de foils, c’est un autre monde. Lors de notre transat aller-retour, il y a eu des moments fabuleux. On avait de la place, pas comme au large de Lorient, où, très vite, il faut anticiper la prochaine manœuvre. Rien n’est perdu aujourd’hui. On a travaillé avec Franck Cammas sur les performances du bateau. C’était bien d’avoir son avis extérieur un peu critique, et il est bon pour cela. Cela nous a permis de gagner du temps. En attendant la remise à l’eau du bateau, je vais faire beaucoup de préparation physique. J’ai 4 mois pour m’entraîner.

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