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En Transat en famille

Publié le 19 novembre 2008 à 0h00

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Ce mardi matin de décembre, nous rangeons le bateau de fond en comble afin que la grosse mer qui nous attend à la sortie, dans le canal entre les deux îles, ne fasse pas tout valser à l’intérieur. C’est avec le cœur un peu serré que nous levons l’ancre. Quinze jours de mer, avec la mer comme unique horizon et nous sept seuls au milieu. Les rêves sont souvent délicats à réaliser. En partance pour le nôtre…

Mais pour l’instant nous levons l’ancre (quel est le plus lourd, notre cœur ou l’ancre de Talitha Koum ?...) Moteur avant et lorsque nous croisons nos amis encore au mouillage, leurs cornes de brume retentissent et de grands gestes d’au revoir plein d’émotions nous accompagnent. Nous avons tous la chair de poule. Moment émotion ! Et le canal 77 de la VHF ne cesse de causer :
"Ici Meltemi, bon voyage à Talitha Koum, bon vent. Nous, on part demain à cause de notre radar qui nous a lâché, mais attendez-nous et on fera un bout de chemin ensemble… Merci pour les bons moments passés ensemble et on se retrouve de l’autre côté !"
"Ici Grenadine, nous vous souhaitons beaucoup de bonheur sur l’eau, profitez bien de ces moments exceptionnels et on se retrouve au Venez, on se suit par mail et par BLU. A bientôt les amis"
"Ici Echapée belle, Sara regrette déjà sa copine Héloïse, si vous traînez un peu on se retrouve au milieu, bon vent les copains et on se prend un ti’punch de l’autre côté"
"Ici Kasou… ici Mamaso…"
Les adieux s’éternisent. Nous savons que nous ne reverrons plus certains bateaux avec qui nous naviguons depuis les Canaries. Une vraie amitié (même si elle était récente) s’était créée entre nous ! Mais le vent nous cueille à peine sortis de la baie. Les voix par la VHF sont couvertes par les rafales, nous prenons un ris dans la grand-voile et enroulons un peu de génois, puis un second ris... Les vagues sont grosses, et arrivent par l’arrière. Nous attendions cette situation dans le canal.

Talitha Koum part dans des surfs endiablés, 10, 12... 14 nœuds ! Les vagues nous rattrapent, soulèvent l’arrière du bateau, les deux étraves plongent (les balcons avant qui en position normale sont à 1m20 se retrouvent au niveau de l’eau !) et les deux coques partent en surf. C’est à chaque fois magique. On sent le bateau accélérer, comme une luge de 23 tonnes ! Les étraves sortent de l’eau, de part et d’autre des gerbes leur font des moustaches blanches. L’eau fuse, s’élève comme la mer Rouge autour de Moïse. La barre est douce et le bateau sur des rails. Aucune appréhension, la situation est saine ! Les enfants crient les vitesses qui s’affichent sur le loch, là devant la barre, mais le vent et les embruns emportent leurs voix, et la vague suivante arrive, elle bave son écume rageuse. L’arrière du bateau se soulève, les étraves plongent et c’est repartiiiiii….

La nuit se passe bien. Les garçons se succèdent dans les deux premiers quarts (10h-1h du matin et 1h-3h). Avec le radar qui scrute l’horizon, on est plus libres pour regarder un DVD … et le temps s’écoule plus vite. Puis je me lève. Le rythme est difficile à prendre surtout qu’il faudra tenir deux semaines… Je passe mon temps à monter sur le fly-bridge, à inspecter l’horizon, à vérifier le réglage des voiles. La nuit noire sur une mer sombre nous donne l’impression de voler dans le néant vers une destination cosmique. Les étoiles sont nos seuls repaires, feux fixes perdus dans l’univers. Nous glissons, direction le paradis des marins… Le vent est chaud et je suis bien ; un peu euphorique (et pourtant la bouteille de rhum n’a pas bougé de place !). Ca y est je la tiens ma transat !
La vie, avec le soleil, reprend le dessus, la mer, sa couleur bleue. Le bateau a amerri, ce soir il décollera à nouveau direction, le ciel ! Le cap est toujours Sud-Ouest, nous avons décidé de descendre jusqu’au 13° parallèle (à la hauteur de la Barbade, notre destination) puis de prendre plein Ouest. A cette latitude les fichiers météo que nous recevons sur notre ordinateur nous indiquent des vents d’Est de 15 nœuds (plus au nord force 1 de 1 à 5 nœuds, c'est-à-dire rien !).

La journée se passe en travail du CNED pour les enfants, surveillance d’Ombline (la question "Ombline t’es où ?" est posée vingt fois par jour et vingt fois elle répond -en se montrant elle-même du doigt- "Ici"), entretiens et réparations, réglages des voiles, navigation (fort simplifiée par le GPS qui positionne le bateau sur l’écran de l’ordinateur figurant la carte numérisée) et analyse de la météo (nous demandons par mail via notre Iridium des fichiers météo que nous recevons où que nous nous trouvions).
Les jours se suivent ainsi, chacun avec un goût différent, jusqu'à ce jour de Noël où nous apercevrons la terre. Cette terre nous l’attendions, mais lorsqu’elle apparut, nous la découvrîmes sans vraie joie. Elle était le signe de la fin de notre traversée.

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